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50ᵉ anniversaire du combat Superman/Spider-Man

« First they meet, then they fight ! » Il y a cinquante ans, en janvier 1976, paraissait aux États-Unis La Bataille du siècle, Superman vs. the Amazing Spider-Man #1, autrement dit la première rencontre directe (hors private jokes où un Clark et une Lois apparaissent chez le concurrent, de temps à autre, au fond d’une case) entre l’univers DC Comics et son homologue Marvel.

Il convient d’ailleurs de noter que ces « festivités clandestines » avaient commencé au moins dix ans plus tôt. Dans le mini-fascicule Spider-Man « minibook » de 1966, dans une « histoire »  (en fait une suite de vignettes) illustrée par Marie Severin, l’Homme-Araignée arrête des bandits et enferme leur butin dans une boule de toile. Un héros volant, aperçu de loin et doté d’une cape, remarque la boule et, sans prêter attention à Spider-Man, récupère le butin, tacitement pour le remettre aux autorités. Autrement dit, ce héros lointain s’attribue le mérite de la prise de Peter Parker. Spider-Man le regarde s’éloigner en commentant qu’il s’agit de « juste un autre super-héros volant », et tout le monde comprend qu’il s’agit d’une vanne adressée à un Superman incognito.

En 1976, sans doute fortuitement (car on imagine mal qu’ils aient voulu jouer la continuité avec un feuillet pour enfants paru dix ans plus tôt), Superman vs. the Amazing Spider-Man #1 (écrit par Gerry Conway, dessiné par Ross Andru et encré par Dick Giordano) se déroulait lui aussi dans un monde global intégrant les deux factions. Pas besoin de portail entre les dimensions : le Daily Bugle de Peter Parker existait dans le même monde que le groupe Galaxy Communications de Clark Kent, et les uns avaient déjà entendu parler des autres. Et cette fois, les deux héros n’allaient pas se contenter de s’apercevoir de loin.

L’événement était historique et les rôles avaient été distribués de façon diplomatique. Gerry Conway, scénariste émérite d’Amazing Spider-Man (c’est aussi lui qui avait décidé de la mort de Gwen Stacy, puis de celle du Green Goblin), était passé chez DC Comics et pouvait donc se targuer de la double casquette. Ross Andru était le dessinateur dAmazing Spider-Man à l’époque où Conway l’écrivait. Dick Giordano, lui, était plutôt estampillé DC Comics.

Le numéro fut publié en France sans trop tarder : à peine neuf mois plus tard, en septembre 1976, il était traduit par Bernard Trout chez Sagédition. Petite parenthèse personnelle : à l’époque, je ne lisais pas les comics depuis très longtemps. Je ne suis pas certain d’avoir vraiment perçu l’importance de la jonction Marvel/DC. Ce qui m’étonnait le plus, c’était que les revues éditées par Sagédition (souvent reconnaissables à leurs pages en noir et blanc une double page sur deux) se mettent à « parler » à celles de Lug. Ce qui m’intriguait, ce n’était pas tant la rencontre entre Superman (que je n’aimais pas trop, rassurez-vous, je m’y suis fait à la longue) et Spider-Man. Ce qui m’étonnait davantage, c’est que « l’Homme-Araignée » (que j’adorais) se soit échappé des pages de Strange pour se retrouver là, comme par un coup de baguette magique.

Avec le recul, on peut d’ailleurs se demander si Le Combat du siècle ! Superman contre Spider-Man de Sagédition n’est pas tout simplement la première fois où l’on a pu lire le nom de Spider-Man en gros sur une couverture, environ deux semestres avant l’arrivée du dessin animé de « l’Araignée » à la télévision française, en 1977.

Quant aux implications de cette rencontre ? Chez DC, on avait toujours pratiqué la continuité de façon un peu plus relâchée : cela ne les catastrophait pas d’affirmer que les deux gammes de héros habitaient le même monde, quitte à « oublier » le reste du temps qu’ils pouvaient se croiser.

Chez Marvel, où la continuité était autrement plus soutenue, le problème était plus aigu et la contradiction plus évidente. Un an plus tard, dans What If? vol. 1 #1, Uatu le Gardien, en guise d’introduction, passait diverses réalités alternatives en revue, y compris un monde où Spider-Man se battait avec « un extraterrestre » non nommé, mais dont on reconnaissait clairement la manche de Superman. Uatu avouait ne pas savoir dans quelle réalité ce combat s’était déroulé, laissant les lecteurs libres de penser selon leur préférence et permettant à Marvel d’éviter d’avoir à fournir des réponses.

Chez DC comme chez Marvel, on n’avait pas attendu ce numéro spécial pour mettre en scène des confrontations entre super-héros, notamment la course opposant Superman et Flash dans Superman #199 (1967). Mais clairement, après la parution initiale de Superman vs. the Amazing Spider-Man #1, DC tenta de capitaliser sur cet effet « Superman affronte une star » en produisant plusieurs numéros spéciaux présentés non comme de simples rencontres amicales, mais comme de véritables combats. En utilisant le même format « tabloid », DC publia ainsi Superman vs. Wonder Woman courant 1977, dessiné par José Luis García-López et scénarisé, sans doute pas totalement par hasard, par le même Gerry Conway. DC poursuivit en mars 1978 avec Superman vs. Muhammad Ali. Dans une moindre mesure, en mai 1978, les lecteurs eurent droit au premier Superman vs. Shazam. Fort de ces publications, DC lança en août 1978 la revue DC Comics Presents, dans laquelle Superman rencontrait chaque mois un héros DC différent. Et puis bien sûr Superman vs. Spider-Man est la première pierre d’un édifice qui culminera en 1995 avec le lancement de la série DC Versus Marvel, suivie de l’événement Amalgam (ni plus ni moins qu’une éphémère fusion/hybridation entre les deux mondes).

Superman vs. the Amazing Spider-Man #1, premier clash entre les deux éditeurs, possède une fraîcheur que la plupart des crossovers ultérieurs (et il y en a eu de nombreux excellents, notamment X-Men/New Teen Titans, Batman/Captain America ou encore JLA/Avengers) peineraient à égaler. Cela tient aussi à la personnalité positive, optimiste malgré les obstacles, des deux héros principaux ; même une autre rencontre entre Superman et Spider-Man, publiée en 1981, n’aurait pas ce parfum de « première fois ». C’est un mélange que l’on n’a pas toujours retrouvé, d’autant que, dans le premier quart du XXIᵉ siècle, ce genre de rencontres était devenu pratiquement impossible en raison des rivalités entre les groupes propriétaires deDC et Marvel. On doit avouer, par exemple, que les deux numéros confrontant Batman et Deadpool en 2025, lors de la reprise de ces crossovers « inter-compagnies », ont paru beaucoup plus « factuels », « prévisibles », faute de meilleurs termes.

En 2020, dans Doomsday Clock #12, Geoff Johns et Gary Frank annonçaient qu’un jour futur, peut-être en 2030, les deux univers s’affronteraient frontalement : Superman se battrait avec Thor et un géant vert (comprenez : Hulk). En 2025, les crossovers Marvel/DC ont repris via deux numéros Batman/Deadpool qui n’ont pas la fraîcheur évoquée plus haut. En 2026, cinquante ans après la première parution de cette « bataille », nous voici dans un autre siècle et, pourtant, ce choc initial Superman/Spider-Man « 1976 » conserve un caractère à part. D’ailleurs, Urban Comics republiera bientôt l’épisode historique, tandis qu’aux États-Unis on annonce de nouveaux comics inédits opposant Superman et Spider-Man. Et rien qu’à la vision des couvertures, il y a ce petit quelque chose en plus qu’un crossover Batman/Daredevil ou Green Arrow/Hawkeye n’aurait pas.

Attention cependant car les nouveaux Superman/Spider-Man de 2026 adoptent le même format anthologique que les Batman/Deadpool et Deadpool/Batman, ce qui veut dire une suite de récits courts plutôt qu’une seule histoire d’envergure. Deux comics arrivent d’ici quelques semaines : Superman/Spider-Man #1 (fin mars, édité par DC) et ce qu’on peut qualifier de « match-retour », Spider-Man/Superman #1 (édité par Marvel).

Ironiquement, on remarque que ce second numéro spécial made-in-Marvel, recrute parmi les auteurs… Geoff Johns et Gary Frank, ceux qui présentaient dès la fin de Doomsday Clock un choc DC/Marvel comme inexorables. Les mêmes Johns et Frank qui fûrent une équipe créative de Superman (Action Comics) il y a déjà un paquet d’années et qui ont claqué depuis trois ans la porte de DC Comics pour partir co-fonder le label Ghost Machine (Geiger, Junkyard Joe…) chez Image Comics. Ils annonçaient désormais se concentrer sur leurs propres séries et plus sur les « big two ». Revenir chez Marvel le temps de quelques pages est une pirouette qui leur permet de retoucher à Superman sans repasser à DC. Savoir s’ils utiliseront leur histoire pour « auto-réaliser » leur prophétie quelques années plus tôt (la date donnée dans Doomsday Clock #12, cependant, ne correspondrait pas).

On peut également se demander si, à terme, si Marvel et DC continuent sur cette lancée, les deux éditeurs ne seront pas tentés de mettre en scène d’autres versions du duo, qui connaissent un succès commercial certain ces derniers mois, permettant à nouveau une « première rencontre » : à quand un combat Absolute Superman vs. Ultimate Spider-Man ? Allez savoir…

Entre-temps, les fusions-acquisitions sont passées par là : plus rien ne paraît impossible (en 1976, qui aurait annoncé aux gamins des films Iron Man ou Black Panther ?). Wesley Snipes peut réapparaître au détour d’une porte en incarnant à nouveau Blade, vingt ans plus tard. Tobey Maguire peut redevenir le Spider-Man de Sony et rencontrer ses successeurs dans un film unique estampillé Marvel. Même Nicolas Cage peut se transformer en Superman (plus d’un quart de siècle après avoir été pressenti pour le rôle) et George Clooney peut (« ¡Ay, caramba! ») redevenir le visage de Bruce Wayne. Sans parler du Leopardon géant du Spider-Man japonais, qui refait surface aussi bien dans les comics que dans les dessins animés de Sony.

Alors, un jour un clash direct Superman/Spider-Man à l’écran ? On pense depuis longtemps que c’est impossible, ou tout au plus quelques mentions. « You’re not Superman you know » disait Tante May à son neveu Peter dès le Spider-Man de Sam Raimi, en 2002 tandis que le film The Eternals de 2021 contenait des allusions à Batman et Superman. Avec une reprise des relations au point de produire des comics « partagés », tout devient imaginable en tout cas. Qui sait de quoi l’avenir sera fait…

[Xavier Fournier]

Xavier Fournier

Xavier Fournier est l'un des rédacteurs du site comicbox.com, il est aussi l'auteur de différents livres comme Super-Héros - Une Histoire Française, Super-Héros Français - Une Anthologie et Super-Héros, l'Envers du Costume et enfin Comics En Guerre.

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