A l’image de la disparition de l’Atlantide et du mythe de Babylone, Warren Ellis nous propose de revenir aux origines d’une humanité capable de trop de violence. Aux confins du système solaire, le solide Nathan Kane découvre ainsi les derniers vestiges d’une civilisation suicidaire, d’une culture qui doit nous en apprendre plus sur nos propres turpitudes terrestres… tout en restant dans le registre du comic-book riche en testostérone. C’est sans doute là un choix délibéré du scénariste britannique, mais ce grand écart semble, dès le départ, à l’origine d’une attente difficile à satisfaire pour le lecteur désireux d’y trouver des moments contemplatifs. Entre « Mass Effect » et « Gattaca », entre le feu trop évident des balles et la glace mystérieuse qui masque les abysses d’Europe, le scénario tente d’aborder un nombre important des problématiques traitées depuis longtemps par la littérature de science-fiction, sans toutefois prendre le temps de s’arrêter sur aucune d’entre elles.
A l’inverse, le dessin de Chris Sprouse – notamment popularisé pour son travail aux côtés d’Alan Moore sur les séries « Supreme » et « Tom Strong » (Awesome et ABC) – s’avère d’une grande qualité et d’une constance tout à fait bienvenue. La mise en scène des passages sur Europe et notamment les phases à bord des « disques de descente » sont remarquablement illustrées.
Sur la base des auteurs réunis pour conduire cette aventure, la promesse faite aux lecteurs était belle. Mais au terme de ces 6 épisodes, on doit bien se résigner à admettre que c’est le sentiment de déception qui prévaut. Paradoxe, il est tout aussi difficile de reprocher quoi que ce soit à la manière dont le scénario se déploie, avec un rythme et une ambition « spatiale » des plus agréables. Rien non plus à reprocher à Chris Sprouse, dont la maîtrise graphique est une nouvelle fois éclatante… En vérité, la gêne vient peut-être du sentiment de rester en orbite au-dessus du sujet, tout comme ces personnages débordants d’énergie, mais finalement assez peu présent sur Europe, et qui doivent souvent se contenter d’analyser leurs relevés depuis leur station aseptisée.
Parce qu’elle est aussi « polishée » que le pont du Tantive IV, parce qu’elle reste très plaisante à « consommer », cette science-fiction mérite donc d’être lue. En revanche, pour la mise en abîme et la capacité à interroger le lecteur, ces thématiques et ce cadre pourtant propices auraient mérité plus de mots et probablement plus de pages.
[Nicolas Lambret]« Océan », par Warren Ellis (scénario) et Chris Sprouse (dessin), Editions Panini Comics, Coll. 100% Wildstorm, avril 2010, 150 p.
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