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Review : Punisher : One Last Kill

Avec Punisher : One Last Kill, Marvel Studios et Disney+ prennent un risque inattendu : proposer un projet centré sur Frank Castle destiné à un public adulte. Mais contrairement à ce que son titre pourrait laisser penser, ce one-shot de 45 minutes ne mise pas uniquement sur la brutalité. Derrière les fusillades et les os brisés se cache surtout une plongée sombre dans une société gangrenée par la violence et dans l’esprit d’un homme qui ne sait plus comment continuer à vivre.

Lorsque l’histoire débute, Frank Castle est au plus bas. Après avoir décimé le clan Gnucci, il erre dans un quartier où les petites frappes tentent désormais de prendre le pouvoir. Hanté par ses anciens camarades des Marines et incapable de surmonter la mort de sa famille, il envisage sérieusement d’en finir. Mais le passé le rattrape rapidement. Ma Gnucci, la matriarche du clan — interprétée par Judith Light, inoubliable Angela dans Madame est servie — est toujours en vie et entend bien se venger. Frank n’a alors plus que quelques heures avant que toute la pègre locale ne débarque pour lui régler son compte. Le chasseur devient la proie… du moins en théorie.

ONE BATCH, TWO BATCH…

Pensé comme un lien entre Daredevil : Born Again et le prochain Spider-Man : Brand New Day, ce téléfilm replace Frank Castle dans une position plus fragile et désabusée qu’on ne l’avait laissé auparavant. Le scénario revient volontairement aux bases du personnage : un ancien Marine traumatisé dont la famille a été massacrée par la mafia. Ce choix permet aux nouveaux venus de découvrir le Punisher sans difficulté, mais il risque aussi de dérouter les fans. L’état psychologique de Frank semble en contradiction avec sa dernière apparition aux côtés de Matt Murdock, et le positionnement exact du récit dans la chronologie du MCU reste assez flou.

DU SANG ET DES LARMES

La véritable force de One Last Kill réside dans sa dualité. Sa première moitié prend le temps d’explorer les émotions de Frank Castle : son désespoir, sa fatigue mentale et son envie de rejoindre les siens dans la mort. Une approche plus introspective que spectaculaire, parfois lente, mais portée par un Jon Bernthal totalement investi. Co-scénariste du projet avec le réalisateur Renaldo Marcus Green, l’acteur livre probablement l’une de ses performances les plus personnelles dans le rôle. Chaque échange avec les fantômes de sa famille sonne juste, notamment lorsqu’il évoque sa fille disparue avec une vulnérabilité rare chez le personnage. Puis vient le basculement. Le récit se transforme alors en course contre la montre nerveuse et brutale où Frank doit survivre étage après étage dans son immeuble assiégé.

IL Y A LE BON ET LE MAUVAIS CHASSEUR…

Côté action, Punisher : One Last Kill assume pleinement ses influences. Entre The Raid et Reacher, le téléfilm enchaîne fusillades, corps-à-corps et pièges improvisés dans des couloirs étroits. Frank Castle souffre, improvise, manque de munitions et doit constamment s’adapter pour survivre. La violence est bien présente, mais elle reste finalement plus “soft” qu’espéré pour certains fans du Punisher. Le sang gicle, les os craquent, mais la mise en scène évite souvent le gore frontal. On est loin, par exemple, de la brutalité graphique de certaines scènes de Daredevil, notamment celle impliquant le Caïd et le capitaine de la police new-yorkaise. Le résultat reste clairement réservé à un public averti, mais ceux qui attendaient une œuvre encore plus radicale pourraient rester sur leur faim.

WHAT’S NEXT ?

Le plus étonnant reste peut-être la manière dont ce one-shot prépare — ou non — l’avenir du personnage. On sait déjà que Frank Castle reviendra dans Spider-Man : Brand New Day, mais difficile d’imaginer comment cette version profondément nihiliste du Punisher pourra s’intégrer à un univers plus familial. Au fond, One Last Kill ressemble davantage à un pilote déguisé qu’à un simple pont narratif vers le MCU. Tout, dans son ton et sa conclusion, donne l’impression que Marvel teste le terrain pour une nouvelle série centrée sur Frank Castle. Et honnêtement, difficile d’être contre l’idée tant Jon Bernthal continue d’écraser la concurrence. Après trois incarnations précédentes du Punisher au cinéma, il reste celui qui définit définitivement le personnage à l’écran.

Imparfait dans son rythme et parfois confus dans son positionnement au sein du MCU, Punisher : One Last Kill fonctionne avant tout grâce à l’investissement total de Jon Bernthal. Plus mélancolique que réellement choquant, ce spécial parvient surtout à rappeler pourquoi Frank Castle reste l’un des personnages les plus humains — et tragiques — de l’univers Marvel.

[Pierre Bisson]

Punisher : One Last Kill – Réalisé par Renaldo Marcus Green – Avec Jon Benthal, Judith Light, Deborah Ann Woll, Jason R. Moore, Andre Royo – Disponible sur Disney + le 13 mai 2026.

Pierre Bisson

Pierre Bisson en plus d'être l'un des rédacteurs du site comicbox.com est aussi traducteur, lettreur et maquettiste.

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