Grosse semaine pour DC Comics avec, entre autres choses, la fin du crossover Dark Nights: Metal, qui voit les héros de l’éditeur résister à l’entropie personnifiée qu’est Barbatos, avec l’aide de quelques héros secondaires plus ou moins attendus (et parfois ceux que l’on attendait le plus font un peu tapisserie). Un crossover fouillis, où il est parfois compliqué de savoir ce qu’il advient des uns et des autres.

Dark Nights: Metal #6Dark Nights: Metal #6 [DC Comics]
Scénario de Scott Snyder
Dessins de Greg Capullo & Mikel Janin
Parution aux USA le mercredi 28 mars 2018

Il y a comme deux couches dans Dark Nights: Metal. La première, celle de la mise en place, bien qu’écrite par Scott Snyder, tenait un peu de Jonathan Hickman, avec l’idée que l’on ne connaît que la partie visible de l’Histoire et qu’il est possible de mettre en cohérence les lignées de Batman, d’Hawkman et des éléments aussi disparates que la formation des Blackhawks ou encore l’existence de Mister Terrific et Plastic Man. C’était bourré de détails et de références mais il y avait un sens, pour peu qu’on s’applique à le remarquer. La deuxième moitié du crossover lorgne beaucoup sur le Grant Morrison de Final Crisis, c’est à dire la mise en scène d’un effet de glissement de l’espace-temps, de passage dans les limbes. Et là pour le coup l’exercice est tout autre à la lecture parce que des pans entiers de récit sont escamotés. On pourra dire que Snyder ne mâche pas le travail à ses lecteurs mais il y a des moments où on se demande ou tel personnage passe après ou ce qu’il devient après. Avec parfois comme des inégalités. Ainsi Plastic Man a son moment de gloire dans ce numéro mais à l’inverse Hawkman, autour duquel l’histoire a été construite, le type qui, par ordre d’importance devrait passer juste derrière la trinité… Hawkman, donc, passe le plus clair du numéro comme une brute épaisse et est comme escamoté de la résolution, vu de loin. Et encore il aurait tort de se plaindre, tant d’autres arrivent et disparaissent aussi vite (les Batmen des réalités alternatives, rassemblés par Detective Chimp, par exemple). Jusqu’au bout, on a la sensation que Barbatos n’a pas de motivation ou de personnalité propre et il devient très difficile de le lire sans lui imaginer une voix de Grand-Guignol façon le Bouffon Vert dans l’antique dessin animé Spider-Man. Il est méchant… parce que, et puis c’est tout ! Cela ne veut pas dire que certaines retombées ne sont pas intéressantes (par opposition à des crossovers qui ne débouchent sur rien). Mais on a comme l’impression qu’il manque des pages, des scènes entières…

« Form a dinosaur, a bulldozer, a damn shark! Anything! »

La base de cette impression vient sans doute d’une mauvaise cohésion entre le scénariste et le dessinateur. Pourtant la qualité de l’équipe créative n’est plus à démontrer et elle fonctionne depuis environ 7 ans. Mais c’est comme si Capullo était débordé par le nombre de personnages et que faute d’indication il ne sache pas toujours sur qui mettre l’accent. Cela fonctionne dans des moments disons classiques, comme quand les principaux héros surgissent avec d’étincelantes armures. Mais à d’autres endroits, c’est un peu chacun pour soi. L’arrivée des alter-Batmen est un point d’orgue, la transformation de Plastic Man aussi… Mais des moments comme la chute de Barbatos sont traités bien trop vite. Il y aussi des pistes lancées dans la première partie qui n’ont plus guère de sens sur la fin (pourquoi Hawkman s’est-il enquiquiné à financer les Blackhawks et les Challengers ? En quoi ont-ils connus une utilité dans la lutte contre Barbatos ?). Enfin, un petit placement des personnages du New Age of Heroes n’aurait pas été un mal. Là, Batman et ses ouailles semblent médusés par de simples mentions de menaces à venir et se lancent dans la construction d’une nouvelle version de la Justice League d’une façon qui semble artificielle (là où avoir battu Barbatos de justesse ferait une bien meilleure motivation). Cela ne veut pas dire que tout est nul dans cette conclusion. Il y a certaines choses bien senties, comme le final (dessiné par Mikel Janin) plus festif que ce à quoi les crossovers DC (et Marvel aussi) nous ont habitués. En un sens Snyder fait son Rebirth en retissant lui aussi des liens entre les différents héros et en promettant des lendemains qui chantent (avec un type à la batterie qu’on n’attendait pas dans ce rôle). Peut-être que Dark Nights: Metal gagnera à la relecture, sous forme de recueil, mais il y une impression que les ambitions du début ne sont que très partiellement remplies sur la fin. Finalement il est peut-être plus intéressant de se tourner vers les séries directement issues du crossover (New Challengers, Immortal Men, Terrifics…) que de chercher un sens à tout ça ?

[Xavier Fournier]