Pour installer sa nouvelle gamme, Black Label, DC Comics peut compter sur une formule qui a déjà fait ses preuves: Batman (à bien des égards le « taulier » des super-héros), servi par une équipe créative et reconnue (le scénariste Brian Azzarello et le dessinateur Lee Bermejo). Dans cette gamme « à côté  » de ce que nous propose d’habitude DC, les auteurs peuvent de permettre d’éliminer d’office le Joker. Une question se pose… Est-ce Batman qui l’a tué ?

Batman: Damned #1Batman: Damned #1 [DC Comics]
Scénario de Brian Azzarello
Dessins de Lee Bermejo
Parution aux USA le mercredi 19 sep 2018

Batman est un personnage sur le fil du rasoir, qui se prête à bien des interprétations et des hypothèses. Un certain nombre d’auteurs se sont déjà intéressés à ce qui pourrait être la goutte d’eau de trop, le sacrifice ou les circonstances qui pourraient totalement faire basculer ce héros dans une noirceur destructrice. On l’a vu encore récemment à travers le Batman: White Knight de Sean Murphy. Brian Azzarello et Lee Bermejo s’intéressent au même genre de thématique, tout en prenant une approche différente. L’histoire commence avec le cadavre du Joker et un Batman sacrément amoché, au point de ne pas totalement se souvenir de ce qui vient se passer. Est-ce que le dernier duel entre les deux adversaires vient de se produire ? On pense, bien sûr, au Dark Knight Returns de Frank Miller, avec le héros peut-être poursuivi pour un meurtre dont il n’est pas coupable. L’ennui pour Bruce Wayne, cette fois-ci, c’est cette amnésie qui fait que lui-même ne peut totalement jurer qu’il est innocent. Ça, c’est le synopsis d’une certaine manière. Mais l’histoire s’élargit encore quand Bruce commence à avoir des visions diverses. Toujours le traumatisme de la bataille ou bien est-il réellement « possédé » par une entité diabolique ? Car le mysticisme et l’occulte s’en mêlent, provoquant l’apparition de John Constantine, Zatanna et d’autres ressortissants du « côté magique » de DC

« Who’s responsible ? »

Lee Bermejo pourrait illustrer un graphic novel entier racontant comment Batman en train d’aller acheter du pain que ce serait superbe. Son talent pour la noirceur, pour la texture de Gotham, a déjà été diablement efficace sur des projets antérieurs (comme « Batman: Noël »). Autant le dire tout de suite, ce n’est pas avec Batman: Damned qu’il va déroger à ses standards. L’artiste instaure l’ambiance nécessaire, bien chargée, qui convient totalement à l’impression d’un Batman pratiquement K.O. debout. Le fait est que, rassurez-vous, « Batman: Damned » est bien plus dense qu’un aller-retour à la boulangerie, avec un Azzarello qui joue à fond sur la notion d’étrangeté. En termes de continuité, c’est « open bar », le scénariste fait ce qu’il veut, instaurant d’emblée l’idée que tout peut arriver. L’étrangeté, elle est aussi pour Bruce Wayne, qui voit des choses qui n’existe pas. Et puis il y a l’intervention de cette pseudo-Justice League Dark qui déploie un ensemble de règles bien différentes des habitudes de Batman. Si bien que le héros n’est plus certain de grand-chose (même de la mort du Joker, en fait). Il n’est pas sûr de lui-même (de ce qu’il a pu faire ou de ce qu’il perçoit), mais en plus, même s’il est bien dans les rues de Gotham, il est comme un poisson hors de l’eau. L’atmosphère bien installée, aussi bien scénaristiquement que visuellement, Azzarello et Bermejo peuvent emmener le personnage et les lecteurs où bon leur semble. Damned, c’est (forcément) diablement efficace pour ce premier numéro.

[Xavier Fournier]