A peine formée, la nouvelle incarnation des Avengers doit faire face à l’un de ses plus anciens adversaires (mais qui fut en son temps, aussi, un allié): Sub-Mariner est à nouveau en guerre contre la surface. Et cette fois, poussé à bout, il ne fait pas de cadeau. C’est visiblement le début des « réjouissances » qui mettront Namor à l’honneur à l’occasion de son 80ème anniversaire en 2019… et l’introduction de sa nouvelle équipe.

Avengers #9Avengers #9 [Marvel Comics]
Scénario de Jason Aaron
Dessins de David Marquez
Parution aux USA le mercredi 10 oct 2018

Et si, mine de rien, sous un vernis de nouveauté, Jason Aaaron était en train de nous servir un canevas finalement très référencé, très traditionnel, pour la version actuelle des Avengers ? Car, après s’être reformés sous l’impulsion des manigances de Loki (comme dans le classique Avengers #1), voilà que le véritable second arc nous ramène Namor le Sub-Mariner, qui fut en d’autres temps l’un des premiers adversaires de l’équipe (en gros, entre Loki et Namor, il n’y avait guère que le Space Phantom). Ce qui change, cette fois-ci, c’est que le roi d’Atlantis n’est pas là pour plaisanter, comme le prouve la scène d’intro, avec la mort apparente (mais pas de cadavre visible, on sait quelle porte ouverte cela laisse dans les comics) d’un ancien compagnon d’armes. Namor est brutal, sanguinaire et poussé à bout, au point de rechercher des alliances avec d’autres amphibiens. Clairement, on est revenu, là-aussi, à la base. Namor redevient l’anti-héros enragé contre la race humaine. C’est un « canal historique » pour le personnage mais on regrettera que son passage dans X-Men Red ait laissé aussi peu de traces. Encore que si on y regarde bien, l’interprétation du dessinateur David Marquez est sujette à interprétation. Est-ce que les pupilles de Namor sont véritablement dilatées à ce point par la pression ou est-ce le signe d’une influence ? L’important, c’est qu’Aaron lance ici un arc beaucoup plus lisible que la fin du combat contre les Celestials, tout en restant fidèle à la fonction de chaque personnage. Tout le monde a son « temps d’apparition à l’écran », avec les petites touches qui vont bien, comme la prise en compte du fait que le leader actuel des Avengers et Namor sont des ennemis farouches depuis les années 80. On reconnait aussi la patte d’Aaron dans l’utilisation continuelle du Ghost Rider moderne de façon incongrue, comme si le jeune héros n’avait pas « reçu le manuel » de ce que l’on peut faire ou pas dans l’univers Marvel. En ce sens, c’est assez proche de l’utilisation de Jane Foster par le même scénariste. Cela nous donne le Ghost Rider dans des endroits où il n’est pas habituel de le voir. GR est en un sens trop « bleu » pour être impressionné. Ou peut-être continuellement fébrile. Ce qui fait qu’il règle les problèmes d’une façon différente. Aaron devra cependant faire attention à ce que le Ghost Rider ne soit pas une sorte de solution à tout et tout le temps.

« I stepped on a starfish. »

Il y en aura sans doute pour penser que ce retour aux affaires de Sub-Mariner n’est pas fortuit, au moment où la Warner s’apprête à porter Aquaman à l’écran. Encore qu’il convienne de rappeler qu’à la base Namor est l’original et Aquaman l’imitateur. Dans cet univers aquatique bien connu des fans de Marvel, David Marquez trouve vraiment un équilibre, en travaillant sur la texture et sur son trait. Son propre encrage évoque aussi un peu celui de Kyle Baker à la fin des années 80. Clairement, l’artiste progresse par bonds de géant ces temps-ci. Son Namor est un bon consensus, à la fois jeune et dynamique tout en faisant référence au côté plus cuir de la série Namor façon Jae Lee. Dans la même veine les Avengers ont la pesanteur qui convient au fond de l’eau. Il y a cependant certains « flottements » (sans jeu de mots) dans la narration de certaines actions. Par exemple quand Namor donne un coup de tête à Captain Marvel, on pourrait aussi bien croire qu’elle a heurté une sorte de champ de force. Le « choc » pourrait passer pour la représentation d’une barrière. Mais globalement le résultat est incontestablement bon. Seul petit bémol (mais pour le coup on revient vers l’aspect scénaristique), la composition du groupe autour de Namor fait un peu… Grand Guignol et aussi déjà vu dès lors qu’il s’agit de montrer des menaces atlantéennes. Aaron aurait pu se montrer plus novateur, car la crainte est qu’on retombe assez vite dans quelque chose de convenu.

[Xavier Fournier]