X-Istence était une utopie. Une dimension taillée sur mesure où les mutants pouvaient vivre en paix et dans le bonheur. Mais à tout paradis son serpent : Major X a de bonnes raisons de soupçonner l’intervention d’une race entière qui n’était pas heureuse de sa place dans l’ordre des choses. Il s’assure donc de l’aide de quelques mutants actuels pour mener l’enquête. Des explications, oui, du sens, c’est une autre chose…

Major X #2Major X #2 [Marvel Comics]
Scénario de Rob Liefeld
Dessins de Brent Peeples
Parution aux USA le mercredi 17 avril 2019

On reprochait au premier numéro de la série son manque de cohérence interne, avec Major X et M’Koy surpris par la fin de leur univers et qui se ramenaient dans le présent en semblant savoir de manière innée, comme par magie, que cette destruction venait de « traitres ». Ce deuxième épisode semble dans un premier temps combler la lacune, avec un Major X qui explique en long en large à Cable les tenants et les aboutissants de la situation. Le problème est que même s’il se veut plus pédagogue Liefeld n’a pas vraiment pris le temps de penser sa structure. Au demeurant qu’il remonte dans le temps pour toucher à ses créations à l’époque de New Mutants #98, cela à quelque chose de légitime, à la manière d’un Jim Starlin qui s’amuserait avec Gamora, Drax et toute la clique. Du coup, récupérer même les personnages largement oubliés de S.U.R.F. a quelque chose de marrant. Mais que Liefeld remonte le temps sans précision, c’est déjà plus gênant (dans New Mutants #98, les héros n’étaient pas encore X-Force mais ce détail semble avoir été totalement zappé par l’auteur). Et s’il nous révèle bien qui sont les « traitres » que Major X, on se demande vraiment ce que foutait le mutant futuriste dans l’épisode précédent, occupé à explorer le… désert, pour retrouver le X-Ential alors qu’il nous explique maintenant que ceux qui l’ont enlevé viennent sans doute d’une race qui (« spoilers ») vit donc sous l’eau et certainement pas dans le désert. Va comprendre, Charles, comme on dit chez les mutants. Même chose pour les raisons pour le X-Ential d’avoir négligé les amphibiens pendant des années, en dehors d’un discours politique façon « je comprends votre douleur mais je n’y peux rien, et puis je suis trop vieux… ». Tout ça n’est pas très raccord. Que Cable ne soit pas très à l’aise à l’idée de faire entrer quelques X-Men ou New Mutants « présents » dans Graymalkin, cela peut s’entendre. Hélàs dans un contexte où il semble que toute aide peut être utile, on ne sait absolument pas pourquoi M’Koy, autre voyageur du futur, est laissé de côté. C’était bien la peine que Major X s’enquiquine à le ramener de l’avenir si c’était pour qu’il serve si peu. Il n’a même pas une parole de tout l’épisode. Et dans le genre étrange, on appréciera le système de défense de Graymalkin, qui identifie Cable et Major X mais pense à sonner l’alarme anti-intrus… une fois que les intrus en question sont déjà à l’intérieur. Du grand art en matière de contre-sens et de contradictions.

« Feels like a trap to me, Nate. »

On le disait la dernière fois, quand on s’engage dans un comic-book dessiné par Rob Liefeld, on ne peut pas faire croire qu’on est pris en traitre, l’artiste étant ce qu’il est, avec un style reconnaissable depuis des décennies. Mais pour ce projet il n’illustrait que l’épisode de démarrage, cédant la place à d’autres dessinateurs sur les numéros suivants. C’est donc Brent Peeples qui s’y colle et, si c’est un dessinateur plus anatomiquement efficace que Liefeld (pas de torse gros comme un camion cette fois), paradoxalement il y a comme un défaut de légitimé. L’artiste dessine, peut-être volontairement, avec un style rétro, mais tout cela fait dépassé, seule la mise en couleur nous indiquant qu’on n’est pas dans un comic-book de 1992, avec tout ce que cela implique de caricatural. On attend la suite de la série car elle annonce au dessin un Whilce Portacio qui, s’il est motivé, peut se montrer très énergique. Mais l’histoire en elle-même s’égare. Si c’était vraiment pour dégager autant d’énergie pour empêcher Major X de voyager à travers le temps, est-ce que les traitres n’auraient pas mieux fait d’organiser sa destruction avant qu’il quitte l’X-istence, plutôt que de lui permettre de rencontrer tant d’alliés potentiels ? C’est parfois téléphoné, parfois à l’inverse sans queue ni tête…

[Xavier Fournier]