La Femme Invisible, ce n’est pas qu’un nom de code ou une description sommaire de pouvoirs. Sue Storm-Richards a beau faire partie des personnages fondateurs de l’univers Marvel moderne, elle n’a pas connu de titre solo (tout comme son époux, d’ailleurs). Mark Waid et Mattia de Iulis décident de rétablir cette lacune en s’appuyant sur le passe-temps de Sue : quand elle ne fait pas équipe avec les Fantastic Four, elle est agent secret.

Invisible Woman #1Invisible Woman #1 (Marvel Comics)
Scénario de Mark Waid
Dessin de Mattia de Iulis
Parution aux USA le mercredi 10 juillet 2019

En 2014, alors qu’il écrivait la série S.H.I.E.L.D. et qu’il s’efforçait de renforcer les liens de l’organisation avec les super-héros de l’univers Marvel, Mark Waid a développé un point intéressant, s’appuyant sur les pouvoirs d’invisibilité de Sue Richards Avec des aptitudes telles que les siennes, impossible de penser que le contre-espionnage pourrait ne pas avoir envie de l’utiliser dans différentes missions. Et Waid a donc établi que ce que nous voyons dans les pages de Fantastic Four n’est que la partie (in)visible de Sue. Quand elle n’est pas avec sa famille/équipe de référence, elle se tient aussi à disposition de son pays pour des missions d’espionnage. Cinq ans plus tard, c’est le point de départ de cette première minisérie consacrée à l’héroïne. Cela fait maintenant plus de dix ans (dans la chronologie interne à Marvel) qu’elle infiltre, observe, espionne. Assez de temps pour se faire quelques amis dans la profession et même… les avoir perdus de vue (ce qui est un comble, si on s’intéresse à ses pouvoirs). Après quelques temps passés à sillonner le Multivers avec ses coéquipiers, Sue reprend ses marques sur Terre et est un peu « rouillée » niveau espionnage. Mais quand les services secrets veulent l’interroger tout en lui interdisant de s’en mêler, Sue décide de prendre les choses en main. Mark Waid nous vend assez bien le côté « thriller spy » de l’histoire. Le vieil ami espion qu’il faut sauver tout en enfreignant les ordres pourrait aussi bien venir d’un film à la Jack Reacher. Si ce n’est, donc, que la protagoniste a le pouvoir de se rendre invisible et que nous la connaissons sur un registre habituellement différent. De ce côté-là, le scénariste, qui a travaillé plusieurs années sur les Fantastic Four, arrive également très bien à jouer sur la personnalité de Sue, lui donnant à la fois des préoccupations familiales, presque rangées, mais aussi une tendance à ne pas s’en laisser compter quand ceux qu’elle apprécie sont en danger.

« I am a kaleidoscope. »

Les dessins de Mattia de Iulis empruntent un ton intéressant, plein de reliefs semi-réalistes, même si la mise en images du pouvoir d’invisibilité semble parfois lui poser un peu problème (dans la scène d’ouverture on croirait plutôt voir Emma Frost que Sue utilisant ses capacités). La palette des couleurs est aussi parfois un peu aléatoire, avec des teintes pastels là où l’action nécessiterait quelque chose de moins édulcoré. Mais malgré ces minces réserves de Iulis s’installe assez bien dans la série, en particulier avec un travail sur les expressions qui fonctionne assez bien, en particulier dans des scènes où il s’agit surtout de briefer Sue sur des événements qu’elle ignorait. Scénariste et artiste forment un bon combo. Certes, il y en aura pour tiquer sur cette version « espionne » de l’Invisible, qui donne parfois plus l’impression de lire un script de Black Widow. Mais à l’évidence les auteurs ont prévu le coup et sont déterminés à nous montrer en quoi Invisible Woman n’est pas Natasha. A ce stade on se dit qu’on n’en prendrait sans doute pas 50 épisodes sur le même registre mais c’est en tout un démarrage très sympathique pour une minisérie qui ne prétend rien réinventer au niveau cosmique.

[Xavier Fournier]