La Reine des Fables a balayé la Justice League of America dans sa quête prendre le pouvoir au Pays de l’Imagination. Heureusement il reste une dernière sentinelle… Nulle autre que Promethea, l’héroïne créé il y a une vingtaine d’années par Alan Moore et J.H. Williams. Mais alors pour le coup ce retour d’un personnage culte a tous les attributs d’un service minimum… Est-ce qu’il existe des pétards mouillés au royaume de l’Imagination ?

Justice League of America #24Justice League of America #24 [DC Comics]
Scénario de Steve Orlando
Dessins de Neil Edwards
Parution aux USA le mercredi 14 février 2018

Ramener une création d’Alan Moore, c’est une action chargée, dans tous les cas pas innocente. Il faut le faire en s’en donnant les moyens, avec une idée claire de l’objectif à atteindre. On pensera ce que l’on veut, en bien ou en mal, de ce que Geoff Johns et Gary Frank sont en train de faire dans Doomsday Clock, mélangeant deux univers qui, au demeurant, n’ont rien à voir. Mais on ne peut certainement pas leur reprocher de ne pas savoir créer l’évènement. Doctor Manhattan à la base d’une refonte de l’univers DC, ce n’est pas rien. A côté de ça, la résurgence de Promethea dans Justice League of America est presque un cas d’école démontrant le contraire. Apparaissant dans les dernières cases de l’épisode précédent, cette personnification de l’Imagination combat ici en effet la Reine des Fables pendant… sept pages. Non, pardon, il y a trois pages d’action intercalées dans le combat. Promethea n’intervient donc que quatre pages avant de se dire que ce serait quand même super cool de laisser les mortels se débrouiller de cette affaire, ne revenant vers la fin que pour une sorte de morale prêchi-prêcha pleine de bonnes intentions dégoulinantes. Rien de la subtilité du personnage de Moore et Williams ne subsiste. On en a fait un simple Deus Ex Machina qui repart aussi sec dans s boite. La seule chose de bien qui ressort de cet éphémère retour, c’est une jolie couverture par Terry Dodson et… pis c’est tout. C’est à se demander si Steve Orlando a vraiment loupé le coche ou s’il a été obligé de glisser Promethea dans l’histoire, tant les choses semblent faites en freinant des deux pieds. Volontairement ou pas, ce scénario fait le minimum syndical. Ce qui est d’autant plus frustrant c’est que quitte à faire appel à Promethea, il y avait tout un potentiel. La JLA aurait pu, par exemple, tomber dans le portail de l’Imagination. Et à partir de là, qu’aurais donné un monde modelé par l’esprit de quelqu’un comme Lobo ? Il y avait de quoi faire. Mais on passe à côté.

Imagination could never be conquered by one such as you!

Pour être honnête, il y a des freins qui tiennent au dessin. Si tout l’épisode était dessiné par quelqu’un comme Dodson (ou, soyons fous J.H. Williams) dans l’esprit de la couverture, il aurait un décorum qui marcherait dans les pas de la série Promethea d’origine. Neil Edwards représente la chose de façon très terre à terre, basique, et ces limitations ne s’exercent pas sur la seule Promethea. Si l’on y regarde bien c’est toute la Justice League of America qui est traité d’une façon bien trop ordinaire. Il n’y a qu’à voir Vixen dans sa tenue verte (?) totalement basique et bien en deçà de son costume habituel. Au centre de l’histoire, il y a en théorie Killer Frost, dont les revirements et les hésitations sont supposées rythmer l’aventure. Mais aucune émotion ne passe. On n’a guère plus d’empathie avec la League qu’avec Promethea. D’ailleurs on peut se demander ce que quelqu’un qui ne connait pas l’héroïne de Moore & Williams pourrait en retenir. Quitte à la ramener, il fallait se donner des moyens. Ils ne sont pas là et ne reste qu’un tour de passe-passe. Même sans la question de Promethea cette saga s’achèverait d’une façon assez pataude. Avec ? C’est carrément fixe la barre bien trop haut. Reste une jolie couverture. Mais guère plus.

[Xavier Fournier]