Si vous voulez prendre la pleine mesure de Civil War II, c’est par Captain America: Steve Rogers qu’il faut passer, tant Nick Spencer et Javier Pina rebondissent réellement sur les évènements. Mieux: ils se les approprient. L’apathie apparente de Rogers dans CWII est décodée ici, épisode après épisode, pour révéler un véritable sens caché.

Avant-Première VO: Review Captain America: Steve Rogers #6Captain America: Steve Rogers #6 [Marvel Comics]
Scénario de Nick Spencer
Dessins de Javier Pina
Parution aux USA le mercredi 26 octobre 2016

On aura compris, dans Captain America: Steve Rogers #5 que la perspective d’un Inhumain omni conscient (ou tout au moins capable de voir l’avenir) enquiquine la vie de Cap, alors qu’il est désormais animé par de sombres desseins. Qu’un autre personnage puisse « voir » à tout moment ce qu’il est et ce qu’il prépare ne le réjouit pas et il a donc entrepris d’agiter les choses pour que les héros aient à minima d’autres préoccupations, ou bien qu’ils s’entretuent. Et du coup, Cap devient comme le marionnettiste caché de Civil War II. Si des choses vous paraissent aller trop vite dans le crossover principal, la lecture de Captain America: Steve Rogers nous montre combien le protagoniste de ce titre savonne carrément la planche à des Captain Marvel ou des Iron Man. La vraie question, à la lecture, ce serait de savoir si c’est Spencer qui invente ses scènes/dialogues qui sont ensuite importés dans des passages de CWII ou si réellement Bendis écrit dans l’état ces passages que Spencer détourne ensuite à sa façon.

« But seriously… No one here has seen Minority Report ? »

La conséquence de la pertinence de CA:SR dans le cadre de Civil War II a pour conséquence qu’on perd un peu (beaucoup) d’intérêt pour les « souvenirs » du jeune Steve et ses états d’âmes « programmé ». Cette fois, dans ces flashbacks qui n’en sont pas, on a la surprise de voir une référence à un personnage croisé dans Secret Warriors dont j’ai beaucoup de mal à comprendre comment, chronologiquement, la chose pourrait fonctionner, quand bien même il s’agit d’illusions. Et si le repère chronologique n’est pas de mise, alors on peine à trouver le sens de ce personnage à ce moment de l’histoire. C’est un détail cependant, alors que le nerf de l’épisode est servi par le machiavélisme de Rogers, que ce soit dans ses discussions avec Miles Morales ou Tony Stark. Le pire (ou le meilleur, justement) c’est que même en mentant, Cap arrive à dire certaines vérités, comme les raisons égoïstes de Stark. Captain America: Steve Rogers est un véritable patch qui vient se greffer sur Civil War II et lui ajoute un mécanisme, un raisonnement. Le rapport entre les deux séries, c’est un peu comme le Rashōmon de Kurosawa. Selon qu’on lise seulement CWII ou CWII+Steve Rogers, la vision des choses change totalement.

[Xavier Fournier]