Tandis que Jesse Custer lutte pour récupérer Genesis (et accessoirement empêcher l’Apocalypse, ce qui peut aussi avoir son utilité), Tulip est aux prises avec les sbires de l’Enfer. Cassidy, lui, risque bien de finir sacrifié par une secte pro-vampires. Ambiance explosion de tripes à l’air et impertinence impie pour une série qui, avec cette troisième saison, a trouvé son ton.

« Vous avez une tête de bite géante. »

Alors qu’il ne reste qu’une semaine avant la fin de cette troisième saison, Jesse Custer et Tulip sont pris dans les méandres d’un plan tarabiscoté pour sauver à la fois le héros et le monde. Jesse, privé de son âme, doit absolument récupérer le pouvoir de Genesis. Mais le voici prisonnier d’un « saint-père » pantagruélique et dégoulinant. Jesse peut-il, dans sa position, se débarrasser de ce monstre ? Et dans ce cas est-il assuré qu’Herr Starr ne le trahira pas à la dernière minute pour s’assurer qu’il contrôle un Messie. D’autant que Starr a l’embarras du choix. Du côté de Tulip, c’est autre chose. Elle doit impérativement ramener un lot d’âmes à la démoniaque grand-mère de Jessie. Jesse comme Tulip doivent réussir tous les deux leur partie s’ils veulent pour finir l’emporter. Mais si Tulip débute l’épisode dans une position plutôt idéale, ses scrupules vont faire qu’elle aussi finira par se retrouver prisonnière. Sorti depuis quelques temps de l’intrigue générale pour exister en dehors de l’ombre de Jessie, Cassidy, lui, n’a guère plus de chance. Séduit depuis quelques temps par un vampire qui le dépasse de loin dans l’usage de ses pouvoirs, il tombe de haut quand il réalise que son nouveau compagnon n’est qu’un serial-killer. Cassidy aussi a des scrupules. Et ses tentatives pour sauver les humains autour de lui vont se solder, là aussi, par une captivité et peut-être rapidement bien pire…

Pip Torrens as Herr Starr – Preacher _ Season 3, Episode 9 – Photo Credit: Alfonso Bresciani/AMC/Sony Pictures Television

« C’est sûr qu’il est différent »

Au tout début, la série TV Preacher nous posait un problème. C’est à dire que l’œuvre originelle de Garth Ennis et Steve Dillon s’y retrouvait transposée d’une manière assez distancée. Il y avait bien quelques éléments de comparaison. Et quelques castings à digérer. Essentiellement il fallait accepter que Jesse Custer se retrouve avec le visage d’Howard Stark (Dominic Cooper) ou que, dans le même registre, Tulip O’Hare et Cassidy soient incarnés respectivement par Ruth Negga et Joseph Gilgun. Autrement dit que tout ce petit monde ressemble assez peu à ses « modèles ». Mais surtout, le vrai problème que les lecteurs de comics pouvaient avoir avec la version TV de Preacher, c’était un glissement dans la tonalité. Là où Garth Ennis se payait la tête de la religion avec une forme d’humour punk, l’adaptation pour le petit écran était imbibée de la vision de Evan Goldberg et Seth Rogen, qui virait plus au potache, un peu dans la logique de leur film « C’est la Fin« . Encore que bien sûr Ennis ne soit pas contre une dose de potache, mais le curseur penchait carrément de ce côté. C’est un peu comme si on demandait à Bigard de reprendre les Sex Pistols au karaoké. Ou en tout cas cela l’était dans les premiers temps de la série, avant qu’un transfert intervienne et que l’on décide, visiblement, de revenir à la source, au moins symboliquement. Pour preuve un Herr Starr (Pip Torrens) plus vrai que nature. Mais la série a véritablement accédé à un autre niveau depuis le début de cette troisième saison avec l’arrivée à Angelville et l’injection de plusieurs nouveaux personnages tels que Mémé (Betty Buckley), Jody (Jeremy Childs) et T.C. (Colin Cunningham). Ils forment une sorte de « trinité noire », un pendant capable de contrebalancer et contrer la présence des trois héros principaux de la série. Cela ne fait pas vraiment de la série TV le Preacher que les lecteurs de Vertigo ont pu connaître mais, un peu à la manière d’un Legion qui n’est pas vraiment celui des comics, les auteurs ont désormais su trouver quoi dire à partir de cette base.

Preacher S03E09

Ian Colletti as Eugene, Graham McTavish as The Saint of Killers, Noah Taylor as David Hilter, Julie Ann Emery as Featherstone, Erinn Ruth as Angel of Death – Preacher _ Season 3, Episode 9 – Photo Credit: Alfonso Bresciani/AMC/Sony Pictures Television

« Vous êtes la pétasse chelou qui avez notre malette. »

Parfois, il est cependant des endroits où les deux formes d’humour convergent sans problème. C’est le cas cette semaine avec quelques scènes en mode « gros rouge qui tâche », avec des tripes et de l’hémoglobine à volonté. Le religieux incarné par Johnny Coyne est lui aussi l’un des éléments qui font le lien avec le Preacher « canal historique » tant le côté dégueulasse du personnage est bien porté à l’écran, comme s’il s’était échappé d’une des couvertures de Glenn Fabry. Ce n’est pas la « première danse » du réalisateur Kevin Hooks avec les adaptations TV tirées de comics. Il a aussi travaillé sur les séries Human Target ou Marvel’s Agents of S.H.I.E.L.D. Cela pourrait paraître un cursus étrange pour se retrouver à tourner un épisode de Preacher mais la production a bien pensé son choix. Hooks, c’est aussi le réalisateur d’un épisode les plus sanglants de la série Punisher de Marvel Television/Netflix. Et on peut dire qu’il repeint le décor du sol au plafond. Même si cet épisode utilise peu le personnage fort de la saison (la grand-mère), il continue d’équilibrer le rapport de force entre les héros et leurs adversaires en faisant appel à certains historiques (le Saint of Killers, Arseface, Hitler…) qui viennent compliquer la chose (en particulier pour Tulip). En un sens Preacher a, comme Walking Dead, fait le choix de prendre d’utiliser un droit d’inventaire par rapport au comic-book d’origine. Mais là où Walking Dead s’est égarée, ne trouvant pas vraiment de nouvelle direction, Preacher s’est forgé une identité. Ce n’est toujours pas « LE » Preacher, mais c’est UN Preacher autrement mieux investi que ce que l’on avait pu découvrir il y a deux ans. Qui plus est la série sait désormais gérer un univers visuel baroque et coloré, quelque chose qui alterne entre des teintes acidulées et des moments plus gore. A défaut d’être véritablement à l’image du style du dessinateur, le regretté Steve Dillon, la série d’AMC arrive à reproduire une certaine philosophie visuelle de ses pages, ce contraste entre propre – presque une ligne claire – et violence.

[Xavier Fournier]