On a parfois l’impression que, dans le tourbillon des séries télévisées et films dérivés de comic-book, certains projets renient un peu vite leurs racines, jouent la référence en surface mais se bouchent un peu le nez pour ce qui est d’évoquer frontalement le matériau d’origine, à savoir « la version papier ». On ne pourra certainement pas faire ce reproche à Netflix pour le lancement, dans quelques jours, de la série Jessica Jones, basée sur l’héroïne des comics Alias, The Pulse (et accessoirement épouse de Luke Cage dans les New Avengers puis les Mighty Avengers). Le producteur/diffuseur en ligne aurait pu se contenter d’un gros macaron « lié aux Avengers » sur quelques affiches (en un sens ce qui a été fait lors du lancement des Agents of SHIELD il y a trois saisons) mais c’est bien la voie (et la voix) des comics qui a été choisie.
Le dessinateur, présent pour le vernissage, nous confie d’ailleurs qu’il n’est pas un habitué des galerie d’Art, la première exposition de sa carrière remontant à quelques mois en arrière. Le voici donc qui profite du buzz autour de la série pour montrer son travail. S’il y a bien quelques reproductions/agrandissements (essentiellement des copies de pages telles qu’elles ont été imprimées, pour donner du contexte à ceux qui n’ont jamais feuilleté Alias), la majeure partie des pièces permet au contraire de voir les pages de Gaydos tel qu’il les produit. On peut ainsi distinguer toutes les mi-teintes dans les zones d’ombres, qui échappent bien souvent à l’imprimeur ou qui sont trop contrastées pour que le lecteur les repère. Dans l’état, ces masses sombres permettent de ressentir le travail du dessinateur « grandeur nature ».
On trouve aussi quelques croquis préparatoires comme les esquisses du costume de Jewel. Bref, Gaydos est réellement dans la place, son univers graphique imprègne les murs de la galerie (petite, elle ne comporte que deux pièces, soyez prévenus) tandis qu’on ne peut que féliciter – cela vaut le coup d’insister – Arludik et Netflix de faire le choix de mettre en avant la BD d’origine plutôt que de penser coûte que coûte à caser sa série TV. Bien sûr, parler de l’un permet d’évoquer l’autre. On tend vers une symbiose. Mais par la même occasion, on peut ainsi faire découvrir aux curieux, l’œuvre d’origine, jouer l’immersion en attendant le 20 novembre (date de la diffusion de toute la première saison de la série TV). On se prend à rêver que l’initiative soit répétée pour les autres personnages à venir chez Netflix (Luke Cage, Iron Fist…).
[Xavier Fournier]
Exposition l’Art de Marvel’s Jessica Jones à la galerie Arludik, jusqu’au 2 janvier 2016.
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