Cette semaine, pour fêter le retour de la chronique après la pause estivale et pour se changer les idées après la rentrée, nous allons commencer à explorer l’univers d’un nouvel éditeur mélangeant les personnages inédits et souvent précurseurs et les reprises d’autres plus anciens comme celui qui nous allons étudier aujourd’hui.

A la fin de l’année 1970, deux personnages bien connus du monde des comics vont s’associer pour former la société d’éditions Skywald Publications. Il s’agit d’un côté de Soloman « Sol » Brodsky, artiste dès le golden age mais surtout Production Manager de Marvel au début du silver age, et Israël Waldman appelé le Reprint Bandit pour ses reproductions non autorisé d’épisodes tombés plus ou moins dans l’oubli de 1958 à 1964.

French Collection #317

Les deux associés se lancent sur le créneau des magazines d’horreur en N&B comme ceux de Warren Publishing et qui ont le mérite de ne pas être soumis à la Comic Code Authority et d’être en pleine expansion. Leurs deux titres amiraux seront Nightmare et Psycho suivi par Scream et quelques tentatives vers d’autres genres dont certains que nous détaillerons dans de prochaines chroniques. Dès les premiers numéros, les magazines seront constitués d’histoires pour la plupart isolée (one-shot) sans personnage récurrent soit inédite, soit reprise d’ancienne publication d’éditeurs défunts (et sans doute encore une fois sans autorisation).

Néanmoins, après quelques mois Sol Brodsky repart chez Marvel Comics et est remplacé par son adjoint, Al Hewetson qui avait été brièvement assistant de Stan Lee chez Marvel avant de suivre Brodsky dans son aventure. Ayant aussi travaillé en freelance chez Warren Publishing il va donner une impulsion nouvelle à Skywald Publications. Premièrement, les histoires vont prendre une connotation plus littéraire et suivre les goûts personnels de Hewetson avec des adaptations ou références à des auteurs comme Edgard Allan Poe, Howard Phillips Lovecraft ou Robert Ervin Howard.

French Collection #317

Deuxièmement, les auteurs sont incités à utiliser les personnages classiques de la littérature fantastique comme Dracula mais aussi Nosferatus (peut être suite à un problème de droit), The Frankenstein’s Monster ou Dr. Jekyll and Mr Hyde mais aussi à créer des personnages originaux qui feront l’objet de série comme The Human Gargoyles, The Shoggoths ou Monster, Monster. Enfin, plusieurs personnages proches du genre super-héroïque seront également soit créés soit comme nous allons le voir repris d’éditeurs disparus pour l’un d’entre eux. Le personnage de The Heap apparaît dans Air Fighters Comics #3 de l’éditeur Hillman qui est un titre consacré à des personnages d’aviateurs costumés de la seconde guerre mondiale comme personnage de complément (supporting character) du personnage SkyWolf (un aviateur qui pilote avec une peau de loup sur lui).

French Collection #317Lors d’un combat contre des nazis pendant la seconde guerre mondiale, SkyWolf et ses hommes sont aidés pour une créature constituée de vase. Il s’agit du Baron Eric von Emmelman, membre du Jagdgeschwader (également appelé The Flying Circus) du Baron Manfred von Richtofen surnommé The Red Baron (Le baron rouge) à cause de la couleur de son triplan Fokker Dr.I. Alors qu’il convoi un papyrus égyptien qu’il pense contenir le secret de la vie, il est abattu et s’écrase dans un marais polonais. Avec le temps, son essence psychique fusionne avec la végétation du marais grâce au principe de vie contenu dans le papyrus et revient sous la forme d’une créature humanoïde sans esprit constituée de vase que The SkyWolf et ses hommes appelleront The Heap (le tas en français, comme un tas de boue). Il deviendra rapidement l’un des personnages titres d’Airboy Comics jusqu’à l’arrêt du comic en 1953.

La version de Skywald Publications bien que reprenant le nom du personnage modifie l’histoire du personnage pour le rendre contemporain. Jim Roberts est un jeune pilote qui suite à une défaillance technique s’écrase aux commandes de son avion pulvérisant dans un réservoir de gaz neurotoxique dans un dépôt d’arme chimique de l’armée. Transformé en une créature humanoïde à l’aspect vaseux que ceux qui le rencontreront baptiseront The Heap, avec une langue très longue, Jim a cependant conservé toute sa raison et va essayer de trouver un remède à son horrible mutation.

Au cours de ses pérégrinations, il va se rendre compte qu’il est quasiment indestructible et se régénère indéfiniment. Lors de l’une de ses dernières apparitions, The Heap se retrouve sur le site de son accident. Alors qu’il se lamente de son destin, un éclair vient frapper une autre cuve qui explose. Entouré de fumée, The Heap subit une transformation qui lui rend sa forme initiale. Redevenu Jim Roberts court retrouver Laurie, sa fiancée. Malheureusement une fois le bonheur des retrouvailles passé, les deux amoureux vont se rendre compte que Jim se transforme toutes les nuits en une version un peu amoindrie de The Heap un peu comme The Incredible Hulk dans sa première version (cf. French Collection #267).

French Collection #317Dans le dernier épisode publié, The Heap [Jim Roberts] est recueilli par ses parents pour essayer de poursuivre sa vie sous son apparence monstrueuse. En France, The Heap [Jim Roberts] a été publié au sein des magazines grand format des Editions de Poche qui est la dernière incarnation des Editions Edi Europ qui étaient spécialisées dans les Petits Formats de guerre et étaient elles-mêmes les héritières de la Société des Editions Rhodaniennes (S.E.R.) de Pierre Mouchot (plus connu sous le nom de plume Chott et co-créateur du personnage de Fantax).

Les Editions de Poche se spécialiseront dans les publications policières ou d’espionnages ainsi que sur les fumetti nero les plus érotiques puis carrément sur des publications érotiques. Au sein de ses nombreuses publications (plus de six cent fascicules) les titres Cauchemar et Psycho qui sont tout simplement la traduction des deux titres amiraux de Skywald mais qui ne comporteront en France que 8 numéros dont au minimum l’un d’entre eux comporte une aventure de The Heap [Jim Roberts] traduit en français par « Le tas » (sic).

[Jean-Michel Ferragatti]