Ahoy, nouvel éditeur de comics, se lance à travers ce premier numéro de The Wrong Earth. Un choix judicieux car les mésaventures de Dragonflyman et Dragonfly, deux facettes différentes d’un même héros, ne manquent pas d’attrait. Imaginez : que se passerait-il si l’on intervertissait le Batman des années soixante (façon Adam West) et celui du Dark Knight Returns ? Est-ce que le héros cynique peut survivre dans un monde plus innocent et est-ce que la réciproque est vraie ?

Wrong Earth #1The Wrong Earth #1 [Ahoy Comics]
Scénario de Tom Peyer
Dessins de Jamal Igle
Parution aux USA le mercredi 12 sep 2018

Dragonflyman est un héros intrépide, à qui tout sourit. En compagnie de Stinger, son non moins héroïque sidekick, ils déjouent avec brio les pièges mortels tendus par « Number 1 » (imaginez un proche cousin du Joker). Le tout sans jamais oublier les bonnes manières et un sourire façon publicité pour le dentifrice. Enfin ça… c’est ce qui se passe sur Terre Alpha, là où les super-héros en sont un peu restés au Silver Age. Rien ne tâche, rien ne tue et même les bad guys adhèrent à une certaine forme de code de conduite. Cependant, si vous prenez Dragonfly (sans le man), essentiellement le même super-héros mais installé cette fois-ci sur Terre Omega, la situation est on ne peut plus sombre. Toute la société est corrompue et Dragonfly lui-même est un justicier sans pitié, une sorte de Punisher, qui ne fait aucun cadeau à des criminels bien plus dégénérés. Même la police est composée seulement de ripoux. Du coup, Dragonfly ne prends pas de prisonniers. Si bien que, lorsqu’à l’issue d’un combat les deux versions de Number #1 tentent de s’enfuir dans une réalité alternative, Dragonflyman et Dragonfly en font de même, sans se rendre compte que les règles du jeu ne sont plus les mêmes. A partir de là, le chaos ne tarde pas…

« Number One! Halt in the name of the Law! »

L’intrigue peut sembler académique, un peu dans la lignée d’un Fringe (deux versions d’un même super-héros, habitant deux réalités différentes, échangent leur place) mais la vraie valeur ajoutée, c’est l’énergie de l’équipe créative, composée des vétérans Tom Peyer et Jamal Igle et la qualité de production dont fait preuve Ahoy Comics dès cette première publication. Il faut dire que se payer le luxe d’une tagligne signée Mark Millar mais aussi la présence d’un Grant Morrison parmi les « bonuses », ça vous pose un label. Dans les faits Peyer, à la fois le scénariste et l’éditeur de la série, profite de l’expérience de nombreux comics écrits chez DC Comics. The Wrong Earth pourrait presque être une saga de Flash aux prises avec le Mirror Master. Si ce n’est que là, avoir des personnages créés pour l’occasion donne à la série un côté totalement imprévisible. Mais à la manière d’un Astro City, c’est à dire que tout en n’étant pas de « vécu » avec les protagonistes on les (re)connaît vite. Ou bien faut-il le voir comme un Last Action Hero des comics ? Les deux versions de Dragonfly(man) sont en effet comme deux poissons hors de l’eau, devant apprendre de leur nouveau contexte. Au dessin, Jamal Igle est dans une forme éblouissante, peut-être parce que le principe lui permet d’alterner entre deux mondes, deux ambiances, sans jamais (en tout cas sur ce premier épisode) avoir le temps de lasser de l’un ou l’autre. C’est un bon début à la fois pour Wrong Earth et Ahoy. A charge de voir si tout cela se confirmera dans les semaines et les mois à venir.

[Xavier Fournier]