La Justice League est aux prises avec la Legion of Doom mais surtout assaillie de tous les côtés par des forces cosmiques qu’elle ne comprend pas. La Terre elle-même est sur le point de tomber, victime de la mystérieuse planète Umbrax. Si l’écriture multiplie sans doute un peu trop les dangers au point qu’on en perd le fil, dans le même temps elle achève de ressusciter une vraie camaraderie au sein de la League.

Justice League #7Justice League #7 [DC Comics]
Scénario de Scott Snyder
Dessins de Jim Cheung
Parution aux USA le mercredi 5 septembre 2018

La Legion of Doom est constituée des pires criminels de l’univers DC. Mais personne n’est dupe. Surtout une fois que Vandal Savage a été écarté. La dangerosité de cette Legion repose avant tout sur des adversaires de Superman, Batman, Flash et Green Lantern. Les héros « secondaires » tels que Cyborg, Martian Manhunter ou Hawkgirl n’ont pas le moindre « reflet maléfique » dans la Legion, comme s’il fallait officialiser le fait qu’ils soient d’un autre rang. Alors qu’avec Justice League #7 Scott Snyder en arrive à boucler le premier arc de cette nouvelle série, il décide à l’évidence d’inverser la vapeur. C’est donc un Hawkgirl en grande forme qui tient tête à Lex Luthor mais aussi un Cyborg qui soutient moralement Flash, un Manhunter qui coordonne. Cette nouvelle incarnation de la League doit tout à des personnages qui, tout en ne faisant pas partie des « big 3 » n’en forment pas moins une certaine âme du groupe. Il n’en reste pas moins que Snyder court parfois le risque de griller quelques canaux, à force d’envoyer des signaux un peu partout. Oui, d’accord, on a compris, les héros (et par extension l’univers DC) ne savent pas tout ce qu’il y a à savoir, ignorent la moitié des forces cosmiques de l’existence. L’idée plait tellement au scénariste qu’il la ressasse au moins depuis le début de Metal et qu’il ne perd pas un épisode pour nous le rappeler, qu’on parle de la Still-Force, du nouvel anneau de John, d’Umbrax ou des ailes d’Hawkgirl. Et encore s’agit-il de « choses » qui ont un nom. D’autres sont à peine identifiable. Mais ce sentiment de « nous sommes attaqués partout, de toutes parts, par des forces que nous ne comprenons pas, heureusement nous avons des forces que nous ne comprenons pas pour nous défendre » peut paraître à la fois flou et répétitif par endroits. Et encore, on parle pour un lectorat bien au courant de ce qui a précédé, qui est capable de saisir aussi bien les références à Brightest Day qu’à Cosmic Odyssey. Tant d’éléments maniés que parfois il y a des petits « couacs », des rapports curieux entre le scénario et l’image, comme Sinestro reprochant à John Stewart le sort de la planète Xanshi (dans Cosmic Odyssey) mais matérialisant pour le faire une sorte de spectre à l’image d’Hal Jordan. Comme si ce dernier était lié à Xanshi (ce qui n’est pas le cas) ou comme si (plus probablement) le scénariste et le dessinateur ne se comprenaient pas totalement. Malgré ces réserves on a le sentiment qu’avec la fin de cet arc les auteurs achèvent le but qu’ils s’étaient fixés. C’est à dire que d’une part on a la résolution du danger immédiat, la vraie constitution d’un esprit de collectif et la mise en place de la saga suivante.

« We will be a whole universe against them. »

Avec ce cahier des charges, Jim Cheung est particulièrement indiqué pour dessiner un scénario dense en détails. L’artiste ne s’épargne rien, rajoute aussi des reflets, des textures, des lignes de vitesse. Certaines cases font l’effet d’être des gravures. Mais il manie ces détails de manière lumineuse, énergique, positive. S’il est vrai que sur des moments très secondaire le scénario et l’image ne se parlent pas toujours, ils convergent cependant dans le dernier quart de l’épisode, quand il s’agit d’établir le temps mort, de donner à la Justice League ce qu’elle n’a pas toujours connu ces dernières années : des moments de discussions où les héros s’autorisent de plaisanter entre eux ou de reconstruire d’anciennes amitiés. Même le fait (anecdotique) que cette branche de la League pense à partager ses ressources avec les autres, à mentionner Vixen ou Man-Bat, contribue à refaire de ce titre un navire amiral de l’univers DC. Le rendu de l’arc a été très inégal suivant les épisodes, parfois trop confus. Mais il s’achève avec une Justice League en état de marche, capable de défendre ce qui existe sans partir dans le « Dark n’Gritty ». L’un des cliffhangers fonctionnera lui aussi pour les lecteurs de longue date de DC, on est clairement dans une logique post-Rebirth, avec un retour d’anciens visages qui ne parleront peut-être pas au néophyte. Mais les fans aguerris de l’éditeur devraient particulièrement apprécier. Très efficace.

[Xavier Fournier]