Hulk (Bruce Banner) est non seulement revenu d’entre les morts mais il a désormais prouvé que rien ne peut le tuer. RIEN. A côté de cela un healing factor c’est du pipi de chat. Mais ce retour parmi les vivants est encore un secret et cette nouvelle série retrouve donc un archétype bien connu du grand public. Un Bruce Banner réputé mort, qui erre cependant incognito sur les routes de l’Amérique. Désormais, non seulement il ne vaut mieux pas l’énerver… mais malheur à qui tenterait de le tuer.

Immortal Hulk #1Immortal Hulk #1 [Marvel Comics]
Scénario d’Al Ewing
Dessins de Joe Bennett
Parution aux USA le mercredi 6 juin 2018

Après avoir joué avec quelques variantes de Hulk (She-Hulk dans Mighty Avengers, Maestro dans Contest of Champions, Red Hulk dans USAvengers et tutti quanti…), Al Ewing a participé à la résurrection de Hulk dans Avengers: No Surrender. Ce retour en est même en un sens la conséquence majeure. Bruce Banner/Hulk est donc à nouveau vivant, mais cette fois avec la connaissance que rien, vraiment rien, n’arrivera à le tuer, en raison d’un pouvoir pratiquement métaphysique. Soit dit en passant, c’est potentiellement une porte ouverte pour ramener n’importe quel disparu ayant un jour reçu des rayons gamma, ce qui veut dire qu’en gros il suffira qu’un auteur se souvienne que Rick Jones a été Hulk quelques temps pour annuler la dernière grande mort rattachée à Civil War II. Passons… Pour des raisons nébuleuses les Avengers n’ont pas cru bon d’informer officiellement le monde du retour de Banner (tout au plus c’est une rumeur, semblable au Bigfoot). Chose étonnante car on pourrait croire qu’Hawkeye se dépêcherait de clamer qu’il n’est pas/plus un assassin. Mais si la pirouette est un peu forcée, elle permet surtout à Al Ewing de retrouver un Banner classique : le type incognito qui s’en va de ville en ville, en essayant de se faire oublier (on reste cependant peu convaincu que la police ne soit pas foutue de l’identifier dans cet épisode, alors qu’il passe des heures au poste). Assez logiquement, ce premier épisode n’implique aucun super-villain. On reste dans un fait divers issu du quotidien (bien qu’à regarder les prochaines couvertures cela ne va pas durer). Là où Ewing se fait moins classique, c’est dans sa gestion de Hulk, une créature verte, intelligente et cynique (son caractère semble voisin de la version Joe Fixit). Peut-être marqué par le fait d’avoir été récemment tué, le monstre fait preuve d’un certain sens de la justice, disons un peu Ancien Testament, et ne supporte pas qu’on tue en sa présence. Du coup Hulk est un vrai vengeur, aussi intense qu’un Ghost Rider ou plus précisément que le Spectre de DC dans les années 70.

« …I’m not a bad person. Am I? »

Aux dessins on retrouve le vétéran Joe Bennett mais avec l’encrage anormalement chargé de Ruy José, qui alourdit le trait. Un peu comme s’il y avait d’une part les personnages puis de l’autre une sorte d’océan de détails venus se greffer dessus. Aux couleurs, un autre vétéran, Paul Mounts, livre une ambiance un peu glauque dont on se demande si elle est réellement maîtrisée. Par exemple ces plats de marron lors de la scène dans le repaire du gang. On s’interroge sur les délais laissés à Mounts, pour qu’il soit obligé d’y aller à la truelle. Scénaristiquement, Ewing fait une très bonne déclaration d’intention, redonne à Hulk une présence, une intensité, que l’on n’avait pas vu depuis longtemps (peut-être pas depuis le tout début du run de Bruce Jones). Mais dessins et couleurs se contentent d’expédier les affaires courantes et plombent ainsi un comic-book qui avait de quoi être bien plus percutant.

[Xavier Fournier]