Harley Quinn a détruit la continuité DC dans l’épisode précédent. Heureusement, les choses sont réparées. Enfin presque. Car il reste une erreur en liberté. Le pompeux Captain Triumph, arrivé directement depuis les années 40, se retrouve piégé au XXI° siècle, avec une forme d’héroïsme totalement démodée. Harley peut-elle le renvoyer là d’où il vient ou au contraire l’acclimater au monde moderne ?

Harley Quinn #51Harley Quinn #51 [DC Comics]
Scénario de Sam Humphries
Dessins de Sami Basri
Parution aux USA le mercredi 3 oct 2018

Le « rescapé » d’une autre époque est un archétype à part entière dans les comics. Il nous a été servi au premier degré avec la résurrection de Captain America dans Avengers #4 et a parfois pris des formes un peu plus délirantes, comme Lady Blackhawk importée dans le DC moderne à l’occasion de Zero Hour (lui permettant de devenir l’une des Birds of Prey). La série Harley Quinn s’essaie donc à son tour à ce poncif, mais en utilisant un personnage qui a autant d’avantages que d’inconvénients. Peu connu des lecteurs modernes, Captain Triumph n’est pas rattaché à une chronologie particulière. En fait, même dans l’univers DC « post-Rebirth », l’existence d’une génération de super-héros au Golden Age n’est pas encore totalement confirmée. En gros, si Captain Triumph passait sous un camion à la fin de l’épisode, cela ne poserait aucun problème. Triumph est donc un personnage potentiellement sacrifiable, à qui tout peut arriver. Sa mentalité et ses clichés font aussi que sa nature est aussi aisément compréhensible qu’un personnage que l’on croiserait dans les Indestructibles. A l’inverse, Sam Humphries ne fait guère d’effort pour présenter le héros, son origine et ses pouvoirs. Captain Triumph n’est pas spécialement connu du public moderne. Tout au plus il a fait une petite réapparition il y a une quinzaine d’années comme fiancée de Liberty Belle, dans des épisodes de Titans. Là, Humphries fait référence à son frère… ce qui marche beaucoup moins si vous ignorez que Captain Triumph tient ses pouvoirs d’une fusion avec son frère décédé (il est l’inspiration lointaine de Brother Voodoo et 3D-Man chez Marvel). Rien dans l’épisode ne vient vous l’expliquer.

« I can be yer clown friend, too, ya know! »

Si le préambule de l’histoire est sympathique et le dessin de Sami Basri assez adéquat, adoptant un style qui est à la fois premier degré mais permet certaines expressions comiques de Captain Triumph, ce Harley Quinn #51 est peut-être moins original qu’il y parait. C’est à dire que potentiellement on pouvait attendre quelque chose d’aussi taré que l’Airboy de James Robinson, chez Image. Il y a d’ailleurs des petits passages assez marrants, comme la réaction de Triumph aux nouveaux réseaux de communication. Mais en fin de compte Sam Humphries revient à une trame déjà pratiquée dans la série. La doublette formée par Harley et Triumph a quelque chose du tandem Harley/Power Girl, en un peu plus contrasté. La différence, c’est que DC avait d’autres ambitions pour Power Girl. Là où Captain Triumph est, à ce stade, une véritable page blanche (mais peut-être, aussi, que General Glory aurait été un bon candidat à un retour « ridicule » assumé). C’est donc dans la résolution de cet arc, avec les éventuelles retombées ou le sort de Triumph lui-même, qu’on espère que l’histoire surprendra un peu plus. Mais dans l’ensemble cette rencontre reste efficace et plutôt sympathique.

[Xavier Fournier]