Si le Joker occupe la couverture de ce numéro, il n’intervient qu’assez tardivement. Doomsday Clock #5 laisse cependant la part belle à l’univers DC ou plus exactement au regard que les personnages tirés de Watchmen peuvent porter sur leurs pairs. En parallèle, un très vieux personnage se lance dans une quête peut-être au-dessus de ses forces pour retrouver d’anciens amis. En lieu et place il trouve de nouveaux alliés.

Doomsday Clock #5Doomsday Clock #5 [DC Comics]
Scénario de Geoff Johns
Dessins de Gary Frank
Parution aux USA le mercredi 30 mai 2018

Si l’on peut résumer Doomsday Clock à une suite à la fois directe et thématique de Watchmen, il ne faut pas sous-estimer le fait que l’histoire se déroule un an environ dans le futur de l’univers DC. Ceci ne saute pas aux yeux au demeurant, si l’on ne prête pas attention au costume de Batman, et peut paraître un détail. Pourtant quand on regarde la texture hyperdense que Geoff Johns utilise en toile de fond, il s’y cache une revigoration massive des héros de deuxième ou troisième ordre. Le scénariste continue ce qu’il a entrepris avec DC Universe Rebirth, c’est à dire réveiller, reformer, des liens distendus depuis le reboot de 2011. C’est visible et même évident au premier plan avec ce que Johns a entrepris avec Johnny Thunder (difficile de ne pas penser à un retour imminent de la Justice Society) et Saturn Girl (même chose pour une version rénovée de la Legion of Super-Heroes). C’est plus subtil dans des scènes moins parlantes où l’auteur convoque à volonté des personnages dans la version que John Ostrander utilisait dans les pages de Firestorm ou Suicide Squad il y a trois décennies. Comme dans le sous-texte de Forever Evii, Johns en profite pour remettre dans la danse des pans entiers de l’univers DC, qui vont de personnages perdus de la Doom Patrol à une nouvelle Justice League Europe. Si l’on y regarde bien, çà brasse des personnages à la manière d’un Crisis. D’autant donc qu’on parle d’événements qui restent à venir dans les autres séries. Selon que d’autres auteurs veuillent ou pas s’engouffrer dedans (par exemple la mission d’Hawk & Dove à l’étranger), il y a de quoi puiser des dizaines d’épisodes.

« We need a great big light. »

Pour ce qui est des éléments tirés de Watchmen, les auteurs continuent leur travail de remix en faisant écho à des scènes d’Alan Moore et Dave Gibbons mais dans un contexte très différent. Cette fois la ballade de Nite-Owl au-dessus de la ville et les passages où le Comedian réprimait une manifestation se réincarnent dans un autre trip. C’est toujours le véhicule de Nite-Owl mais désormais avec un autre conducteur. Et les émeutes de la maxi-série initiale sont remplacées par une frénésie anti-Batman. Peut-être fait-il aussi reconnaitre un peu ce qui arrivait au Nite-Owl du Golden Age dans l’agression de Johnny Thunder. Mais ce qui est plus particulièrement intéressant dans cet épisode, c’est le regard que porte un personnage de Watchmen sur l’univers DC. Tout est question de perspective et l’on pose à voix haute des questions sur ce qu’est l’héroïsme. Est-ce vraiment se déguiser pour jouer au gendarme et au voleur ou faire des choix impossibles pour sauver le monde. Et à ce petit jeu-là, lequel des deux univers est-il le moins dysfonctionnel ? Un épisode riche où les protagonistes cherchent la lumière. Et en trouvent plusieurs…

[Xavier Fournier]