Brian Michael Bendis et David Mack (lointain tandem créatif de Daredevil époque Marvel Knights) se retrouvent pour un projet commun chez DC Comics. Mais « Cover » a tout d’un projet indé mûrement réfléchi. D’une part par son histoire (une sorte de thriller/récit d’espionnage dans le monde des conventions de comics), d’autre part par les dessins d’un David Mack qui se font presque symboliques. D’emblée, il n’y a pas grand-chose qui ressemble à Cover dans les comics actuels…

Cover #1Cover #1 [DC Comics]
Par Brian Michael Bendis et David Mack
Parution aux USA le mercredi 5 septembre 2018

C’est sans doute un jeu de mots qui aura donné l’idée de base de la série. Dans les comics, vous avez la « cover », la couverture du fascicule, qui se prête à des variant covers mais dont l’original est généralement vendu bien plus cher. Et puis dans l’espionnage, la « couverture », c’est bien sûr la fausse identité utilisée pour l’infiltration. Bendis, après avoir connu un succès certain avec Alias (la série première de Jessica Jones) revient donc à un titre qui évoque la dualité. Mais c’est rapidement la « voix » de David Mack » que l’on pense reconnaître dans ces pages. D’abord parce que, sur tout un côté de l’histoire, c’est presque un récit autobiographique, le héros étant un artiste de comics qui va de conventions en conventions pour vendre ses originaux. Max Field, le protagoniste de la série, est visiblement une sorte d’autoportrait, au point d’emprunter à David Mack sa posture caractéristique pour dédicacer (le dessinateur a l’habitude de dessiner debout). Il y a aussi ce sens du vécu, ce sentiment d’étrangeté dans les conventions qui fait que des lecteurs que vous n’avez jamais rencontrés pensent vous fréquenter, vous connaître au quotidien. Dans ces conditions, l’excès inquiète toujours un peu. Il y a des gens parfois désagréables mais à l’inverse celui ou celle qui parait trop systématiquement gentil, insistant, qui peut finir par devenir singulièrement envahissant et inquiétant. Quand Max Field pense faire une bonne journée, avec Julia, une fan ravie qui se met à lui acheter tout ce qu’il a à vendre, l’artiste est d’abord heureux. Les choses se compliquent un peu quand la jeune femme devient plus pressante et qu’elle se révèle être… agent secret. Dans quoi Max est-il tombé ?

« This is your work, your blood. You put your soul into this? You don’t discount your soul. »

La force de David Mack n’est pas dans le dessin mainstream. Une tentative de cet ordre, il y a quelques années pour les New Avengers, s’était soldée par des emprunts massifs à d’autres dessinateurs. Ce n’est pas son truc et dans ces cas-là il est en dehors de son élément. Inversement, son atout massif c’est de proposer non seulement un style mais aussi une narration qui sortent carrément du tout venant des comics pour réinventer à chaque fois ses règles. Le dessin de Cover, ce n’est pas la peinture mélangeant figuratif et abstrait que l’on pouvait retrouver dans ses Kabuki ou ses Daredevil (qui ont quand même aux alentours de 20 ans dans la figure). Mack ne passe pas d’un projet à l’autre en dessinant de la même manière un plombier et Batman, par opposition de certains de ses collègues où l’on reconnaît le trait avant de comprendre qui est le personnage. Clairement, avant de se lancer dans cette nouvelle série, l’artiste s’est posé la question de savoir comment représenter cette atmosphère réaliste, crédible, connue des pros des comics comme des fans. Il y a certaines pages peintes, mais le tout est presque minimaliste. C’est véritablement cette atmosphère qui fait le show ici, puisqu’au terme du premier épisode on n’est pas encore certain de la tournure que vont prendre les événements. Max est-il « stalké » par une groupie qui a à sa disposition les moyens d’une agence d’espionnage ? Ou bien, comme elle semble le dire, s’agit-il de profiter de sa profession à lui pour exécuter des missions « sous couverture », comme une sorte de Condorman moins guignolesque ? Le doute flotte encore mais l’intérêt, lui, est certain. Bendis et Mack produisent via DC Comics le genre de titres que l’on s’attendait à trouver chez un OniPress. C’est un bon démarrage et une belle preuve de la créativité redoublée du JinxWorld depuis son arrivée chez DC.

[Xavier Fournier]