Superman a de quoi se réjouir : son fils est de retour sur Terre. Mais il a comme un problème de puberté accélérée. La relativité du temps et de l’espace fait que pour le père et le fils, les années ne se sont pas écoulées à la même vitesse. Bendis commence alors à nous expliquer ce qu’il est advenu de (l’ex ?) Superboy.

Superman #7Superman #7 [DC Comics]
Scénario de Brian Michael Bendis
Dessins d’Ivan Reis & Brandon Peterson
Parution aux USA le mercredi 16 janvier 2019

Depuis que Brian Michael Bendis a repris l’écriture de Superman il y a quelques mois, la gestion abrupte de Jon Kent, Superboy est sans doute le point faible du run. Passe pour la décision en elle-même. Comme discuté ici la semaine dernière, on aura compris que Bendis fait de la place pour un autre Superboy. Mais dans la manière de faire ? On a vu plus subtil et mieux amené. On pourrait schématiser ainsi la logique de Superman : « Ah tiens, Junior a des problèmes à maitriser ses pouvoirs, moi qui ait appris à les maitriser sur Terre, je sais, on va se laisser convaincre par son grand-père de l’envoyer dans l’espace. En plus son grand-père se comporte comme un super-villain depuis deux ou trois ans dans la série alors, hein, il ne peut rien arriver de mal ». Rajoutez à ça une Lois Lane qui part dans l’espace pour chaperonner le tout mais qui, après tout, se dit que ça ne risque rien et qu’il n’y a qu’à laisser Junior avec Pépé parce que, là aussi « il peut rien arriver de mal » avant de rentrer sur Terre mais, attention hein, en le cachant à son mari pour des raisons plus ou moins futiles et on en ressort une impression de fébrilité plutôt étonnante alors que, pour le reste Bendis se tire très bien de sa reprise en main de Superman et d’Action Comics. Alors que le fiston revient sur Terre, voilà donc l’occasion de combler les vides et – idéalement – d’arrondir les angles. Mais dans un premier temps le chapitre initial de ce nouvel arc nous donne quelque chose que l’on attendait moins, à savoir : qu’est-ce que cela donne de voyager à travers l’univers avec le logo de Superman sur ses vêtements ? On voit que Lois et Jon (et une partie du public aussi, peut-être) avaient un peu sous-estimés l’impact de leur présence. C’est une manière de démonter la routine de Superman et ramener un peu d’emphase à tout cela. Même induite, la présence de Superman, sa marque, créé de l’émerveillement à travers l’univers. On notera aussi une sorte de running gag autour de l’armée des Dominators, qui semblent être ici un peu à Bendis ce que les Badoons étaient dans ses Guardians of the Galaxy, à savoir une menace certaine mais volontairement répétée, martelée, comme de la chair à canon.

« Yer a man when you decide ta be. »

Comme cela devient pratiquement l’usage (ne cherchez pas plus loin qu’Invaders, par exemple), deux dessinateurs se partagent ce numéro, avec d’une part Ivan Reis pour les scènes « terrestres » et Brandon Peterson pour le flashback. Peterson donne l’essentiel du contenu et s’en tire assez bien, avec une narration nette, malgré des événements riches en éléments (l’intérieur des vaisseaux des Dominators, le peuple sur le marché…). Il donne beaucoup de « corps » à un scénario qui, sans cela, serait en apparence assez simple. C’est le démarrage d’un arc, il faut le rappeler, et les auteurs conservent sans doute une partie des réponses pour la suite. Mais, comme expliqué plus haut, Bendis joue gros sur les chapitres à venir puisqu’il faudra motiver certaines décisions et aussi décider du sort de Jon Kent pour ne pas éclipser Conner sans donner l’impression de le sacrifier. A l’heure où le scénariste fait sienne la bannière « Wonder Comics » et chercher à cultiver l’émerveillement, tuer ou corrompre ce jeune personnage serait un signal assez contreproductif. Reste donc à lui trouver une sortie à la fois honorable et satisfaisante.

[Xavier Fournier]