Mike Mignola et ses équipes n’ont jamais été tendres avec Hellboy ou le B.P.R.D., ne leur épargnant aucune épreuve. Mais B.P.R.D. – The Devil You Know a un sentiment de finalité terrible, de chant du cygne pour tout un univers. Hellboy n’est-il sorti de sa tombe que pour voir disparaître non seulement ses alliés les plus proches mais aussi le monde qu’il défendait ?

B.P.R.D. - The Devil You Know #13B.P.R.D. – The Devil You Know #13 [Dark Horse Comics]
Scénario de Mike Mignola & Scott Allie
Dessins de Laurence Campbell
Parution aux USA le mercredi 6 février 2019

Le Mignolaverse nous a habitué à une « horreur intime », puisée dans les récits d’Edgar Allan Poe ou d’Howard Phillips Lovecraft. Depuis des décennies Hellboy, le B.P.R.D. ou les autres héros qui composent cette mythologie affrontent plus volontiers des créatures hideuses et démoniaques dans des églises désaffectées, des manoirs peuplées d’ombres, d’anciens tombeaux, peut-être quelques bourgades à l’occasion… Ils défendent le monde mais loin du monde, se battant justement pour que les abominations n’approchent pas « la ville » au sens ancien. Avec The Devil You Know, Mike Mignola et Scott Allie ont fait voler cette barrière en éclat. La fin probable, imminente, du monde est là et elle frappe donc le monde dans son ensemble. Et là-dessus les deux scénaristes s’y entendent pour faire monter les enjeux. Après quelques épisodes passés à essayer d’atteindre le centre de New York, envahie par des armées de démons, Hellboy et sa clique ont désormais réalisé que ce n’est jamais qu’une « borne » parmi d’autres à travers le monde. C’est la planète entière qui sombre dans la démence, dans le Ragnarok, sous l’emprise des Ogrdu Hem. On n’est plus dans un schéma à la Ghostbusters (« allez tuer la bestiole et refermez le portail en haut de l’immeuble et ce sera gagné ») mais dans quelque chose qui a carrément une autre dimension, tandis que les auteurs donnent véritablement l’impression de refermer la boucle, comme si toutes les histoires depuis le premier récit d’Hellboy avaient convergées vers ce qui ressemble à cette conclusion. Et Hellboy de réaliser qu’après des décennies à s’être détesté pour être, potentiellement, la menace qui détruira un jour le monde… l’Apocalypse est bien là mais qu’il n’en est pas (à ce stade) le responsable. Ce qui donne d’ailleurs un intéressant contrechamp après l’apathie qui était la sienne ces derniers mois, un peu perturbé par son « retour ». Hellboy reprend de l’intérêt aux choses dès lors qu’elles ne lui paraissent plus écrites d’avance. Mais peut-il changer quoi que ce soit aux événements qui approchent ?

« This is a fight we all started twenty five years ago. »

Dans les épisodes précédents, il y avait une phase de la « bataille de New York » où Laurence Campbell, aux dessins, était peut-être moins à l’aise. La chorégraphie des combats, utilisant Liz comme un personnage volant et enflammé pour repousser les hordes de l’enfer avait quelque chose d’un poil super-héroïque, un peu incongru dans le registre habituel du BPRD. Là, bien qu’il y ait d’hideuses créatures tentaculaires grosses comme des immeubles et quelques scènes d’action, il n’en reste pas moins que la tonalité de l’épisode est un peu comme un œil du cyclone. Même si quelques personnages disparaissent encore, même s’il serait faux de dire qu’il ne se passe rien et que les héros sont « tranquilles », les guerriers reprennent leur souffle avant ce qui sera l’opération de la dernière chance ou, plus probablement, un dernier baroud d’honneur. Et à ce stade, c’est là toute la force du creator-owned par rapport à une série détenue par les major compagnies qui continuera coûte que coûte pour vendre des jouets et des variants covers. Un peu à l’instar de Robert Kirkman dans les derniers temps d’Invincible, Mignola et ses ouailles peuvent tout se permettre. Bien malin qui pourrait parier qu’au bout de la route il n’y a pas réellement une Apocalypse finale, sans retour. Après tous les scénaristes pourraient bien éteindre leur univers et continuer via des mini-séries annexes, de raconter le passé des héros (à la manière de ce qui s’est passé quand Hellboy était en enfer, d’autant que les pages éditoriales promettent du nouveau, un changement de cap sur ce terrain). Ou bien peut-être qu’il y aura à la fin une happy end, une scène où Hellboy et Liz s’en vont dans le lointain après avoir éradiqué tout Mal sur Terre ? Tout est possible. Mais pour l’heure, c’est un sentiment de fin imminente. Il ne reste que deux épisodes à la série et les auteurs peuvent tout se permettre…

[Xavier Fournier]