En 2020 Marvel réalise d’une certaine manière une prophétie. Il y a un peu plus de trente-cinq ans surgissait Iron Man 2020, version futuriste du personnage, incarnée par un mystérieux Arno Stark venu de ce qui était alors un futur alternatif. A charge à Dan Slott, Christos Gage and Pete Woods de matérialiser cet Iron Man plus agressif dans une année 2020 qui n’a rien d’un futur avec des « voitures volantes »…

Iron Man 2020 #1Iron Man 2020 #1 (Marvel Comics)
Scénario de Dan Slott & Christos Gage
Dessin de Pete Woods
Parution aux USA le mercredi 15 janvier 2020

1984 était une année prédestinée pour parler de futur. A l’époque, la mini-série Machine Man imaginait le réveil du héros du titre retrouvé dans une décharge et réactivé après des décennies de sommeil dans un futur où les robots s’étaient banalisés et où un certain Arno Stark était le nouvel Iron Man, neveu de Tony Stark et pourvu d’un sale caractère par rapport à son tonton disparu. A l’époque c’était pour le moins étrange (comment Tony pouvait-il avoir un neveu puisqu’il était enfant unique ?). En 1994 ce futur neveu avait même droit à un one-shot où on apprenait que Tony n’était pas mort mais se faisait passer pour une machine pour mieux surveiller Arno. Trente-cinq ans plus tard après la première apparition de ce futur 2020 est maintenant notre présent et ne ressemble pas vraiment à l’avenir plein de droides. Il y a suffisamment assez d’éléments disponibles pour que Dan Slott et Christos Gage puissent adapter ce concept, aidés par le fait qu’un autre Arno Stark (celui-là frère de Tony) a été introduit dans les années récentes. Alors que Tony est réputé mort (pour combien de temps, c’est une autre histoire), Arno « V2 » peut donc voler de ses propres ailes et devenir le nouvel Iron Man. Au demeurant, on pourrait dire que c’est facile et qu’après avoir écrit Spider-Man comme un riche industriel façon Stark Slott inverse maintenant la vapeur et applique les recettes de Superior Spider-Man. A bien y regarder, cependant, c’est plus fin qu’on pourrait le croire. Avec Machine Man et même, en un sens, Tony dans des rôles antagonistes, les deux scénaristes de débrouillent très bien pour reprendre les éléments du 2020 entrevu en 1984. Ils retournent l’intrigue comme un gant et ne se contentent pas de faire du Superior, justement.

« Just gears and circuits. Remember, they’re not like us. »

Le point faible du run de Dan Slott sur Iron Man (c’est à dire y compris le titre régulier de l’année dernière), c’est le manque de stabilité, de personnalité, de l’approche visuelle. Iron Man a vu se succéder plusieurs artistes intéressant(e)s mais ils ne sont pas restés. Du coup la tonalité du run de l’auteur reste à définir. Et si Pete Woods est lui aussi un dessinateur compétent, ce n’est lui qui peut porter sur ses épaules la définition de l’ambiance. Est-ce que Iron Man 2020 (la série) se veut quelque chose de sombre et d’angoissant ou, au contraire, du super-héros premier degré ? La chose n’est pas claire à la lecture. Peut-être qu’il aurait été plus judicieux de confier les dessins à quelqu’un comme McGuinness (qui pendant ce temps-là se disperse chez les Avengers, à jongler avec beaucoup trop de héros). Iron Man 2020 est intéressant, d’autant plus qu’Arno (le frère, pas le neveu) est pratiquement une page blanche et qu’on peut un peu tout faire avec lui. La série a donc beaucoup de potentiel. Mais ça mériterait plus de rythme pour vivre pleinement ce potentiel, justement.

[Xavier Fournier]