Lucky Luke, le plus américain des héros de bande dessinée franco-belge, débarque sur le petit écran à travers une série TV de huit épisodes disponibles dès aujourd’hui. Nous avons eu l’occasion de découvrir l’intégralité de cette nouvelle adaptation, attendue au tournant tant le cow-boy créé par Morris en 1947 appartient à un imaginaire collectif solidement ancré.
Depuis sa création, Lucky Luke a connu d’innombrables incarnations, de l’animation au live action. On se souvient avec émotion (en tout cas c’est notre cas) du film de 1991 interprété et réalisé par Terrence Hill. Cette version sera suivie de dix épisodes diffusée à la télévision. Passons le long-métrage des Dalton avec Éric et Ramsy. Plus récemment, Jean Dujardin s’était glissé dans les bottes du tireur d’élite sous la direction de James Huth (tous deux déjà à l’origine de Brice de Nice), avec un résultat inégal, plombé par un récit trop chargé et des personnages parfois caricaturaux.
Pour cette nouvelle itération, c’est Alban Lenoir qui endosse le costume du cow-boy solitaire. L’acteur a d’abord été associé à son comparse Simon Astier (frère d’Alexandre) sur des projets comme Off-Prime avec Virginie Efira ou Hero Corp, série de super-héros français décalée que nous vous conseillons. Depuis, il s’est “émancipé” et a connu des succès avec Un français, la trilogie Balle Perdue, AKA, Antigang… Ancien cascadeur devenu un acteur de premier plan du cinéma d’action français. Sa silhouette longiligne, son visage buriné et son regard sombre correspondent parfaitement à l’iconographie du personnage. Pourtant, quelque chose résiste : son débit de parole et une certaine expressivité tranchent avec le mutisme légendaire de Lucky Luke, habitué à faire parler les balles plus que les mots.
Ce décalage n’est pas tant imputable à l’acteur qu’à la volonté des créateurs de moderniser la figure du héros. Un peu comme le Zorro de Jean Dujardin pour Paramount TV, les créateurs de Lucky Luke, Mathieu Leblanc et Thomas Mansuy, ont voulu moderniser l’univers de la BD. Là où Zorro visait le public plus vieux avec une crise de la cinquantaine et une question sur la vie de couple, Lucky Luke tente de conquérir une audience plus jeune, notamment via l’introduction d’un personnage inédit : Louise (Billie Blain), jeune fille déterminée à retrouver sa mère (Alice Taglioni). Cette dynamique impose un duo, là où Lucky Luke évoluait traditionnellement en solitaire, et modifie en profondeur le ton du récit.
L’intrigue puise alors dans plusieurs albums emblématiques, convoquant au passage des figures incontournables comme Billy the Kid, Calamity Jane ou encore les Dalton. Mais la série ne se contente pas de recycler l’existant : elle tente aussi d’apporter un élément inédit en explorant les origines de la rapidité légendaire de Lucky Luke au révolver. Une idée séduisante sur le papier, qui ambitionne d’apporter une profondeur nouvelle au mythe.
Malheureusement, cette richesse narrative se heurte à un problème majeur : le rythme. Étirée sur huit épisodes, la série peine à maintenir une tension constante. On comprend mieux que Disney + propose l’intégralité de la série dès sa sortie. Les enjeux se diluent, certaines séquences s’éternisent et l’ensemble manque cruellement de nervosité — un comble pour un héros censé tirer plus vite que son ombre. Cette lenteur impacte également l’humour, pourtant essentiel à l’ADN de Lucky Luke. Là où la bande dessinée brillait par ses dialogues percutants et son sens , la série propose des ressorts comiques souvent prévisibles, voire poussifs. Le héros est parfois tourné au ridicule, on accroche ou pas à ce ton décalé à la version papier.
À cela s’ajoute une stratégie de diffusion discutable de la part de Disney+, qui choisit de lancer la série un lundi matin, dans une semaine particulièrement chargée. Deux jours plus tard arrive en effet la très attendue nouvelle saison de Daredevil: Born Again, production autrement plus exposée médiatiquement (dont on vous reparle mercredi). Dans ce contexte concurrentiel, Lucky Luke risque de peiner à exister dans la conversation, malgré la popularité de la licence en Europe.
Au final, cette adaptation de Lucky Luke oscille entre respect du matériau d’origine et volonté de réinvention. Si l’incarnation d’Alban Lenoir et l’ambition d’enrichir la mythologie du personnage méritent d’être saluées, l’ensemble souffre d’un manque de rythme et d’une écriture inégale. Une relecture intéressante sur le papier, mais qui peine à dégainer assez vite pour pleinement convaincre.
[Pierre Bisson]
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"avec Éric Ramsy" ?
Effectivement le "et" à sauter :)