Avec Wonder Woman #14, Greg Rucka et Nicola Scott en arrivent à la conclusion de Wonder Woman Year One, c’est à dire la fin de la redéfinition moderne des origines de l’amazone, désormais confrontée à son ennemi de toujours. Les deux auteurs prennent soin de glisser quelques allusions à celles ou ceux qui les ont précédés et terminent sur un point d’orgue presque parfait.

Wonder Woman #14 [DC Comics]
Scénario de Greg Rucka
Dessins de Nicola Scott
Parution aux USA le mercredi 11 janvier 2017

Dernier chapitre de Wonder Woman Year One, Wonder Woman #14 a donc la lourde tâche de trouver une conclusion à l’arc. Disons-le d’emblée, ce n’est pas la fin de l’histoire en soi qui comporte le plus d’intérêt (on sait, forcément, que le dieu de la guerre ne va pas l’emporter, 5 ans dans le passé de l’héroïne) mais bien la fin de la construction de Diana à la mode Rebirth. Et jusqu’au bout, les deux auteurs tiennent leur objectif, en confrontant finalement Wonder Woman à Ares mais surtout en bâtissant leur récit autour du sens du sacrifice de l’héroïne, prête à tout pour sauver l’humanité, quitte à, peut-être, trahir en un sens la nation amazone. Rucka et Scott s’amusent beaucoup à honorer les talents qui se sont succédés sur la série ces dernières décennies. Si l’apparence d’Arès est déjà un coup de chapeau manifeste à Pérez, le nom d’une certaine générale continue dans le clin d’œil. Et c’est tant mieux, car il s’agit d’alimenter ce parfum de camaraderie propre à la plupart des séries Rebirth, de se réconcilier avec le passé pour en faire la synthèse.

« Then from you… we will take it back. »

Nicola Scott, pour sa dernière prestation sur la série, nous régale de belles pages, même si l’idée est de faire l’ellipse sur l’action, pour privilégier l’affrontement (par exemple la torture de Diana par Arès). Ce qui donne d’ailleurs lieu à ce qui est sans doute le seul défaut de l’épisode, la petite chose qui fait qu’on le pensera « presque parfait » mais pas tout à fait : l’idée d’évacuer la résolution de la menace par « la lumière de la vérité ». Cela fonctionne plutôt bien quand il s’agit de s’attaquer à Arès. Quand c’est pour repousser un gaz empoisonné, par contre, on entre quand même dans le registre des Carebears (les « Bisounours »). Ça tombe bien que, finalement, ce n’est pas un élément important de l’arc, qui se bonifiera sans doute encore plus lors d’une lecture en TPB. Enfin même la mention de l’ONU et de l’UNICEF, programmée de longue date, vient comme un pied de nez (fortuit mais efficace) qui souligne à quel point Wonder Woman est, de longue date, à sa place auprès de telles institutions et que, non, ce n’est certainement pas une pornstar rabaissant certaines valeurs. Wonder Woman Year One, malgré la scène un peu naïve mentionnée précédemment, s’achève de manière bien maitrisée, cohérente et autonome, devenant par la même occasion la saga idéale à mettre entre les mains de quelqu’un qui nous dirait « j’aimerais bien lire Wonder Woman mais je ne sais pas par quoi commencer. » Et les lectrices et lecteurs plus anciens, eux, apprécierons que Diana retrouve au passage certains éléments essentiels de sa personnalité et de son folklore, importés au XXI° siècle.

[Xavier Fournier]