Frank Cho revient au creator-owned avec Skybourne, chez Boom Studio, où les aventures d’une famille d’immortels (descendants de Lazare) à la recherche de talismans mythiques. Un premier épisode centré sur une héroïne dure à cuire, encore qu’à l’évidence le scénario est à tiroirs et qu’on a vu à peine le début du commencement de l’histoire.

Avant-Première VO: Review Skybourne #1Skybourne #1 [Boom Studio]
Scénario de Frank Cho
Dessins de Frank Cho
Parution aux USA le mercredi 7 septembre 2016

Occupé depuis quelques années par ses productions pour Marvel (Shanna, Totally Awesome Hulk et une légion de couvertures), sa récente arrivée chez DC (« l’affaire » des couvertures de Wonder Woman) et connu sur les réseaux sociaux pour ne pas lâcher l’affaire quand il estime qu’il est accusé/caricaturé à tort (ses croquis « outrage »), Frank Cho est un auteur si présent que beaucoup de gens qui parlent de lui n’ont qu’une notion assez périphérique de sa production personnelle. Cette semaine le scénariste/dessinateur revient donc à ses propres idées, ses propres envies, avec Skybourne, série assez curieuse car ce premier épisode se divise surtout en deux tranches. L’une se déroule en Chine il y a des décennies. L’autre, plus contemporaine, laisse la part belle à Grace Skybourne, une femme indestructible à la force surhumaine. Loin des régulations de Marvel ou de DC, Frank Cho ne se précipite pas pour représenter la dame en bikini déchiré. Non, elle est autant habillée qu’un John Blaze/Ghost Rider et se distingue par sa force et son caractère. Grace Skybourne est plutôt à ranger du côté de la Jakita Wagner de Planetary. Et le fait qu’elle soit à la recherche de véritables chimères archéologiques rajoute à la ressemblance. Le Frank Cho de Skybourne n’est pas, au moins dans ce premier épisode, celui de Shanna mais plus proche de celui qui produisait Zombie King chez Image. C’est à dire que l’auteur ne recule pas devant une grosse dose de gore. Quand un ennemi est décapité ou éviscéré, ce n’est pas « pour faire semblant » ou hors-champs, c’est visible.

« You’re a mitch. »

Ce premier épisode est prenant, riche en action, mais on ne sait guère ce que l’on veut nous raconter. Pour une bonne part, c’est visiblement l’intention de Frank Cho qui, jusqu’à la dernière page, veut rester maître du jeu, capable de nous dire que ce n’est peut-être pas ce que l’on pense. Mais inversement il y a si peu de description que le peu que l’on retient du contexte est surtout expliqué dans la page de garde, pas dans l’histoire. Qui sont les Skybourne ? Quelle est leur origine ? Leurs motivations ? Tout cela reste très flou à la lecture du premier numéro, au point que l’on se demande encore, à la fin de l’épisode, qui est réellement le protagoniste principal. Mais cela reste prenant, même si pour tenir la cadence on a la sensation que Cho a visé des décors plus simples, parfois sauvés par la colorisation. Skybourne #1 est un peu comme lire une poursuite en moto, sans que l’on sache encore qui poursuit qui et pourquoi. Dis comme cela, d’ailleurs, le sentiment à la fin de la lecture n’est pas si différent de ce que l’on éprouvait au terme du Black Widow #1 de Mark Waid et Chris Samnee. Frank Cho, dans ce début de série, ne nous vend pas une histoire (ça, visiblement, il se le garde pour plus tard) mais une tonalité, un vrai sentiment d’action. Cela peut-être frustrant, mais c’est aussi le signe des histoires dont on voudrait déjà lire la suite.

[Xavier Fournier]