Pour la troisième année consécutive, la chaine de restaurants KFC s’offre les services de l’univers DC pour produire un comic-book publicitaire qui n’est justement pas qu’un comic-book publicitaire. Après avoir joué avec le Multivers l’an dernier, Tony Bedard et Tom Derenick détournent le projet à leur guise pour une visite en règle de la partie « cosmique » de DC.

KFC: Across The Universe #3 [DC Comics]
Scénario de Tony Bedard
Dessins de Tom Derenick
Parution aux USA le mercredi 19 juillet

Le Colonel Sanders, figure de proue des restaurants KFC, a décidé de faire connaitre ses sandwichs au poulet pas seulement dans le monde entier mais à travers tout l’espace. Il n’a qu’un seul problème : toutes les tentatives d’envoyer de la nourriture de sa marque en orbite se soldent par des échecs. On dirait bien que, là-haut, quelqu’un sabote les plans de sa nouvelle campagne. Heureusement pour lui, Sanders a fait quelques connaissances lors de ses précédentes excursions dans les comics et justement ses essais se font à partir de Ferris Aircraft, société chère à Hal Jordan. Sanders s’assure donc de la collaboration de Green Lantern pour aller enquêter sur d’autres mondes. Et quelque part en cours de route, le Colonel ne manquera pas, à son tour, de porter une bague verte ! Oui, à n’en pas douter, à la base c’est de la pub. Et certains allergiques à l’impérialisme des marques américaines ou bien des végétariens pourraient prendre ombrage que Green Lantern serve à faire la promotion d’une enseigne qui consomme du poulet à la chaîne. Mais la vérité est qu’une fois encore, au bout de quelques pages, on se fout une nouvelle fois de savoir si le projet est sponsorisé par une marque de papier hygiénique ou pas. L’important est que KCF et DC, pour l’occasion, laissent les coudées franches aux auteurs pour se faire plaisir et créer comme ils l’entendent. C’était peut-être encore plus marquant l’an dernier, avec l’utilisation de personnages disparus comme Kid Flash (Bart Allen), par opposition au Green Lantern Corps cette fois. Kilowog et toute la bande sont moins rares que Bart chez DC mais il se dégage de l’histoire un parfum non pas de poulet mais un peu « old school » dans le bon sens du terme : une écriture des personnages au-delà des reboots éphémères.

« I never expected to meet Colonel Sanders! »

D’un côté, Sanders est représenté comme un personnage outrancier, qui passe la moitié de son temps à vanter ses produits ou à rechercher une certaine forme de profit (comme débarquer devant le Mur de la Source et se lamenter du gâchis que cela représente en termes de terrains constructibles). De l’autre il y a l’utilisation d’Hal Jordan, du Green Lantern Corps tout entier ou même d’Adam Strange comme autant de personnages prenant au premier degré tout ce que l’autre leur raconte. Ce n’est pas le comic-book du siècle mais on est face à une dynamique digne d’un clown Auguste entouré de clowns blancs. Le pastiche pousse la chose jusqu’à intégrer un courrier des lecteurs commentant l’épisode (ce qui est impossible), courrier pour une bonne partie par des « figures » de l’univers DC (comme par exemple un certain G. Gardner). Comme ses deux prédécesseurs ce KFC Comics est une bonne dose décomplexée « de portnawak » et c’est sans doute ce qui lui donne son charme. C’est juste une rencontre avec quelques héros qui se rendent service, ne s’entretuent pas. Et si à la différence des « clowns blancs » on sait lire le fascicule avec du second degré, c’est plaisant. D’autant que c’est un comic-book gratuit diffusé à l’occasion du Comic Con de San Diego. Si vous n’allez pas à San Diego, pas de panique, comme les fois précédentes KFC et DC ont mis la BD (en anglais) en chargement gratuit sur Comixology (il suffit de cliquer ICI). Du n’importe quoi, oui, mais une curiosité marrante à lire, grâce aux auteurs.

[Xavier Fournier]