Justice League of America #9 paraît avec tellement de retard que le fascicule a droit aussi à une couverture variante célébrant Batman V Superman, c’est dire. Et du coup, même si aux dessins Bryan Hitch est dans la lignée de ce qu’il sait faire, le scénario souffre particulièrement de ce timing. On est supposé trembler de peur à l’idée que Superman est peut-être mort… tandis que pour les autres titres c’est le cas depuis plus d’un trimestre. Cela n’aide pas…

Avant-Première VO: Review Justice League of America #9Justice League of America #9 [DC Comics]
Scénario de Bryan Hitch
Dessins de Bryan Hitch
Parution aux USA le mercredi 31 août 2016

Alors que DC Comics commence à laisser filtrer le nom des auteurs du prochain volume de Justice League of America, il y a un « petit problème »: l’ancien volume n’est pas terminé, lui, et traîne même considérablement. Et pour le coup on a envie de dire qu’à ce stade ce n’est pas vraiment la faute de Bryan Hitch. Enfin si, forcément, il dessine à l’allure où il dessine… Mais à ce stade les éditeurs de comics ne peuvent pas prétendre découvrir que l’ancien dessinateur d’Authority, de JLA ou d’Ultimates a besoin de prendre son temps et que lui confier une série mensuelle, régulière, est sans doute la dernière chose à faire. C’était donc suicidaire de la part de DC de donner à Hitch cette mission plutôt que de formuler la chose comme une minisérie ou un album façon Earth One. Pour autant, même en mettant de côté cette dichotomie entre les impératifs de l’éditeur et la vitesse de production de l’artiste, il faut bien dire que même sans cela, l’arc sur Rao traîne en longueur. Nous voici au huitième chapitre (un fill-in ayant été glissé dans la série) et la résolution ne semble pas en vue. Qui plus est un certain nombre de personnages sont brassés mais pas toujours gérés (on peut sérieusement se demander à quoi sert Aquaman là-dedans). Reconnaissons cependant qu’il y a une reprise de tonus du récit avec l’idée d’un paradoxe temporel, les évènements du présent déclenchant ceux du passés (ce qui n’est d’ailleurs pas sans évoquer, indirectement le run du même Hitch sur Fantastic Four, où Doom remontait dans le passé, un autre aspect de lui-même réapparaissant dans le présent). Sauf que Bryan Hitch n’est pas Jonathan Hickman, Mark Millar ou Grant Morrison et que si l’idée de base n’est pas mauvaise, sa mise en place manque de complexité. La chose intéressante, cependant, c’est qu’ici les deux versions de Rao ne cohabitent pas totalement bien, celui du passé n’étant pas très enchanté de voir ce qu’il est supposé devenir.

« Thought you’d gone. It’s been two weeks. »

Le délai de parution est un fait mais ne devrait pas spécialement éclipser la perception de l’histoire. Cela devrait être une anecdote expédiée en une ligne et demie en ouverture de cette chronique avant de passer au contenu. Mais le problème de temporalité rebondit sur ce qui se passe au même moment dans les autres titres DC. Ainsi cette version de la Justice League est celle qui date d’avant l’arrivée de Luthor, Shazam ou de Power Ring dans ses rangs, avant que Batman change de costume et surtout avant la fin des New 52, c’est à dire que c’est toujours le Superman de 2011, sortant avec Wonder Woman, qui est là. Un Superman pour lequel l’amazone se fait beaucoup de soucis, ayant peur qu’il meure… et forcément quand on sait que dans les autres titres le même Superman est mort d’une autre manière depuis une demi-douzaine d’épisodes, l’intensité dramatique en prend un coup. Même chose, aussi, pour certaines scènes où Rao envoie ses kryptonniens attaquer la Terre. Et là, pour le coup, la faute à pas de chance, Hitch a entretemps été rattrapé et dépassé par les fanatiques religieux d’Azzarello et Miller dans Dark Knight III – The Master Race. Tout cela fait que l’idée que l’arc a trop trainé hante singulièrement la lecture. Pourtant, avec quelques personnages inédits comme les gens qui protègent les « pierres » ou les différentes facettes de Rao, voir même le Parasite (s’il refait surface), Hitch a encore des éléments qui pourraient lui permettre de surprendre. A ce stade, l’intérêt de l’arc n’est plus de lire un chapitre 9 ou un chapitre 10 mais de voir ce que donnera la chute, en espérant qu’elle ne soit pas, elle, expédiée.

[Xavier Fournier]