Après une dizaine d’épisodes, la première saison des (més)aventures de Kyle Barnes, inspirée du comic-book de Robert Kirkman et Paul Azaceta, Outcast, touchait à sa fin cette semaine sur Cinemax (et en VOST chez OCS). Un ensemble intéressant, qui, à part quelques rares scènes choisies, évite le spectaculaire. Mais comment donner à cette série l’équivalent d’une fin de volume satisfaisante ? L’équipe dans son ensemble y arrive, avec des personnages qui montent en puissance et d’autres… qui ne seront peut-être pas là pour la saison 2.

« MAMAN VA NOUS TUER »

Depuis le début de la série et même bien avant, les ombres rôdent autour de Kyle Barnes. Elles lui ont volé sa mère, ont détruit son couple et il était donc logique qu’elles s’attaquent à ses derniers repères de lucidité dans un monde qui dégringole : Megan (sa « sÅ“ur » mais qui a bien des égards est la véritable femme de sa vie) et sa propre fille Amber. Là, tout bascule dans ce sens attendu puisque Megan (Wrenn Schmidt), bien loin de son côté sage habituel (l’actrice aurait pu incarner une Jean Grey façon Silver Age sans problème) est possédée. Et pas 5 minutes le temps de renverser la tête et de balancer quelques insultes, non. Elle a commencé par trucider son entourage et divague maintenant dans la nuit. Est-elle prête à commettre d’autres horreurs ou bien est-elle traumatisée, en train d’émerger. Kyle (Patrick Fugit) et le Révérend Anderson (Philip Glenister), après avoir découvert le carnage, espèrent lui venir en aide. Ou venir en aide à qui pourrait la croiser. Cette fois, c’est personnel. Après, clairement, il faut faire avec le rythme de la série, qui ne va pas spécialement prendre la route la plus directe pour aller d’un rebondissement à un autre. Les protagonistes ont le temps de se perdre, d’aller ailleurs qu’à l’endroit où les choses se passent, de s’arrêter faire le plein… C’est une narration qui n’est sans doute pas pour tout le monde. Là, aussi, où l’Outcast de la TV n’est pas celui de la BD, c’est que Paul Azaceta y va mollo sur le sang. Par moment, le petit écran se fait plus « visuel », mais c’est, dans le même temps, pour mieux nous dire que la vraie horreur n’est sans doute pas dans une main ensanglantée mais bien dans la pupille inerte sur laquelle elle appuie. Ce qui est apparent cache une horreur en retenue. C’est de la prestidigitation, en un sens.

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AU NOM DU PERE

L’un des atouts de cette série, c’est Patrick Fugit, qui incarne le rôle phare avec une certaine retenue et même une forme de pudeur, sans en rajouter. Pour faire la comparaison avec une autre série TV tirée de l’univers de Kirkman, où les liens filiaux sont également importants, le Kyle de Fugit est à des années lumières du Rick Barnes d’Andrew Lincoln, qui en fait des tonnes dès qu’il faut évoquer la moindre angoisse. Kyle Barnes, comme dans le comic-book, est un être prostré, déformé par des années d’introspection, de mutisme social, de crainte des autres. Là, par contre, l’horreur frappe à sa porte. Rien de nouveau si l’on regarde son parcours de vie… si ce n’est que désormais, il sait qu’il est en mesure de rendre coup pour coup aux puissances des ténèbres. A l’occasion, Anderson aussi reprend du galon. Si l’impétueux pasteur veut bien faire, malgré une forme de maladresse maladive (et l’épisode nous en donnera une énorme preuve, dans le dernier quart), il reprend ici du galon. En effet, une fois passé un rôle à la « Giles », où en gros c’est lui qui fait prendre conscience à Barnes de son pouvoir, il est devenu, au fil des épisodes, une sorte de Sancho Pancha, un sidekick collé là pour témoigner. Avec les enjeux qui montent, Kyle, au contraire, le réinstalle dans un poste de conseiller expérimenté, bien que pas infaillible. Anderson est celui qui chassait les démons quand personne n’y croyait. Il est, finalement, même s’il tâtonne, celui qui en sait le plus sur eux. Pas énormément, mais de quoi rendre un intérêt au personnage.

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FINAL CUT

Comment clore une saison dans une série si intimiste ? Car, c’est certain, les premiers épisodes nous ont livré quelques incontournables références à l’Exorciste ou à d’autres classiques du genre. On pourrait presque dire qu’ils ne pouvaient pas faire autrement. Mais ce qui donne son grain à Outcast, ce n’est pas les quelques scènes où un(e) possédé(e) flotte dans le vide ou vomit 150 litres ectoplasmiques vers le plafond. C’est plus cette horreur tapie dans le quotidien, ce placard rouillé qu’on peine à ouvrir tandis que le spectateur se demande ce qu’il y a dedans, ces fausses pistes alors que les héros écoutent le canal de la police, ces petites filles qui se glissent dans la cuisine en pleine nuit pour pirater un « goûter » sans se rendre compte qu’il y a un « monstre » dans la maison. Une série de super-héros ? Pas de problème, vous expédiez Flash à travers un tunnel cosmique et vous laissez le public se demander dans quel univers il atterrira et comment il va s’en sortir la saison suivante. Walking Dead ? Vous mettez-le feu à une grange, vous envoyez la horde de zombie où vous coupez l’image avant de montrer qui est mort. On termine en général dans le Deus Ex Machina, au sens théâtral du terme. Mais là, pas moyen de partir dans ces artifices obliques. Il y a même un moment (à peu près 15 minutes avant la fin, quand une certaine incertitude plane sur le devenir du héros et de ses proches) où l’on se dit que beaucoup de séries auraient coupé là, façon « si vous voulez la suite, revenez la saison prochaine ».

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A SUIVRE, MAIS PAS QUE…

Pour clore ce « premier volume » d’Outcast (car c’est vraiment l’impression que donne la dernière scène), la production a fait appel au réalisateur Loni Peristere (Banshee, American Horror Story). Sa caméra suit aussi bien Kyle, Anderson et leurs amis que les forces de l’ombre, en nous en donnant plus sur leur organisation qu’un simple homme en costume noir, qui est peut-être finalement quelque chose de fort différent que le Diable. La progression des entités dans Outcast, leur manière d’assimiler leurs proies et de disséminer dans le quotidien m’ont fait penser – de manière évidemment fortuite – à un très vieux feuilleton français, « Noires sont les galaxies », où les possesseurs étaient pour le coup des extra-terrestres, mais qui « vendait » également ce sentiment d’invasion. Kyle Barnes est un personnage attachant, identifiable, dans le sens où il ne veut pas du rôle du « sauveur », où il se fout du fait que le monde entier brûle ou pas, tant que les siens sont épargnés. Parce qu’il ne peut finalement tirer d’affaire qu’une personne à la fois. Quand il monte en puissance, comme dans cet épisode, l’histoire se charge de lui montrer que la tâche est encore plus grande qu’il le pensait. Rideau. Coupez la lumière. Pas de mégacliffhanger avec la moitié du casting dans une situation incertaine. Au contraire un changement d’étage, une évolution du héros pour lui faire comprendre que sauver les siens sans sauver le monde va être plus compliqué que prévu. On aime ou pas les histoires d’exorcisme (et forcément ce critère défini ce qu’on peut penser d’Outcast) mais la série TV aura été d’une grande régularité, maitrisée de bout en bout, là où, par exemple, le Preacher d’AMC se joue au petit bonheur la chance, selon que les scénaristes et réalisateurs soient inspirés d’une semaine à l’autre. On quitte ce dernier épisode de la saison 1 d’Outcast comme on refermerait un tome, en attendant de voir non pas qui s’en tirera mais comment les personnages méditeront les leçons apprises, comment ils grandiront ou chuteront.

[Xavier Fournier]