Après avoir appris, via Adam Strange, la destinée de sa famille, Seg-El hésite maintenant entre deux voies: sauver la planète Krypton des griffes de Brainiac et s’assurer de l’existence à venir de Superman… ou bien se venger de ceux qui ont tué son grand-père et ses parents. De quoi faire perdre sa casquette à Adam…

Krypton S01E02

Aux frontières du bocal

Après un début poussif la semaine dernière, on attendait ce deuxième épisode en espérant prendre la mesure de la série. On a finalement l’impression de voir la deuxième partie d’un épisode-pilote, avec certaines limitations narratives. Ainsi Seg-El (Cameron Cuffe) semble aller et venir à sa guise en dehors de Kandor, alors que d’une part les militaires le recherchent tandis que certains aimeraient bien mettre la main sur le repaire oublié du grand-père, Val-El (Ian McElhinney). On pourrait croire que cela traverserait l’esprit à quelqu’un de mettre un mouchard sur le véhicule de Seg ou tout au moins de le faire suivre mais non. Le show préfère mettre en scène des intrigues byzantines entre les familles El (pour ce qu’il en reste), Zod et Vex, à coups de « tu crois me faire confiance mais tu ne sais pas que… « . Cela dit cela correspond au modèle de science-fiction dystopique pour adolescents dont raffole SyFy ces dernières années, il y a donc un sens à ces décisions, à défaut d’être original. Un autre parti pris qui cependant coûter cher à la série : l’idée de montrer Krypton/Kandor comme un circuit fermé entre le bar de Kem, la salle du conseil, le vestiaire des militaires et la forteresse de la solitude de Val. Si bien d’ailleurs que lorsqu’il veut donner un rendez-vous à sa chérie, il n’y a pas d’autre endroit que la passerelle où l’on a exécuté son grand-père. Le top du romantisme ! Ce n’est pas que ce soit déshonorant en termes de nombre de décors mais plutôt qu’il semble pratiquement impossible d’injecter de nouvel élément perturbateur. Pour autant que l’on puisse railler le côté Freak of the Week de Smallville ou de Gotham, il permet de justifier de l’action et des aventures qui viennent en renfort de la quête personnelle des héros. Là, Seg n’a qu’une ou deux idées en tête et fait des aller-retours ville/base de pépé, ce qui fait qu’au-delà de quelques épisodes cela risque vite de faire un peu poisson rouge coincé dans son bocal.

Krypton S01E02

House of Elles ?

Ce deuxième épisode est celui des explications et des confirmations. Entre le témoignage de Val-El et le contact avec Adam Strange, Seg-El ne doute plus du tout du fait qu’il est le futur grand-père de Superman et que, par ailleurs, Brainiac est en route pour faire sa fête à Krypton. Mais l’histoire reste simpliste, héritant au passage d’un cliché généalogique assez en vogue chez le DC Comics du Silver Age, à savoir que l’idée de lignée semble invariablement attachée au côté paternel (on avait d’ailleurs noté comment, la semaine dernière, Supergirl n’avait pas spécialement droit à un peu de considération). Ici, par exemple, Seg se fait expliquer qu’il est le descendant d’un nombre impressionnant de El qui ont fait progresser la science sur Krypton. Pas un mot sur les grand-mères ou ancêtres maternels… Ce n’est pas dire que la série sexiste (elle propose un certain nombre de rôles féminins forts) mais elle passe à côté d’un certain nombre de ramifications. Et de la même manière un Adam Strange un tantinet bourrin (comment est-il supposé passer inaperçu dans Kandor en gardant ses habits terrestres ou en étant le seul de la planète à fumer des cigarettes ?) ne considère Seg-El que sur le seul plan grand-paternel. Si Brainiac ou quelqu’un d’autre élimine Seg, bien sûr que ce serait un problème. Mais Strange n’a pas l’air de savoir qu’un enfant a quatre grand-parents. Il y a donc dans Kandor trois autres personnes essentielles à l’existence de Superman. Mais la question semble lui passer au-dessus, alors que cela pourrait être un réservoir pour introduire d’autres personnages (Lor-Van et Lara Rok-Var, les grands-parents maternels ?) et donc lutter contre l’effet poisson rouge décrit plus haut.

Krypton S01E02

Evolutions vs. stagnations

Ce deuxième épisode a cependant quelques avantages, comme faire monter en gamme la dangerosité de Lyta-Zod (Georgina Campbell) et la faire sortir des jupes de sa mère. Surtout, le clan des Vex gagne en crédibilité et en profondeur. Le père (Elliot Cowan) , jusqu’ici semblait gentiment croire que Seg-El allait épouser sa fille sans broncher après les morts du grand-père et des deux parents. De la même manière, Nyssa-Vex (Wallis Day) ne se contente pas d’être une sorte de cosplay de Charlize Theron et fait preuve de plus de profondeur que ce que l’on pouvait croire. Les méchants font donc la démonstration de leur capacité à grandir. Le problème reste du côté des bons (ou de ce qui en tient lieu). Les méthodes d’Adam (Shaun Sipos) et Seg peuvent sembler parfois chaotiques. Il n’y a pas le début d’un plan véritablement cohérent pour résister à Brainiac, un personnage capable de mettre en difficulté Superman lui-même (et on espère franchement échapper au cliché « Ha, c’était moi derrière le masque de Rao !!! »). Surtout, il y a une subtilité qui là aussi échappe aux personnages à ce stade. Adam Strange se bat (enfin, s’agite) pour sauver Krypton des griffes de Brainiac mais si l’on veut être cohérent, pour que Superman existe, il faudra aussi que Krypton disparaisse, quoi qu’un peu plus tard. Du point de vue de Seg-El, Adam Strange ne restera pas forcément toujours un héros (après tout il est là parce qu’il faut que Krypton disparaisse pour la Terre vive). Mais là pour le coup Sipos, qui joue Strange comme s’il s’agissait d’une sorte de slacker, semble manquer de prestance pour que Strange porte plus d’ambitions. Si certains personnages se positionnent pour occuper le même poste de « meilleur ennemi » que le Luthor de Smallville, Krypton semble englué par le manque de charisme de ceux qui devraient en être les héros. On est des années-lumière au-dessus d’Inhumans et on évite les mentalités aléatoires/caricaturales d’un Legends of Tomorrow. Mais on l’impression d’avoir très vite fait le tour de ce monde et de ce que la série a à proposer et que tout celà manque d’épices…

[Xavier Fournier]