2019 est l’année de la fin pour les fans de comics. Après le chapitre final des Avengers, et avant la fin de Arrow en décembre, c’est Gotham qui tire sa révérence, à l’issue de cinq saisons. Pour l’occasion, la série s’offre un bon de dix ans dans le futur. Bonne idée ou coup d’épée dans l’eau ? Attention, quelques spoilers au passage. 

Bruce Wayne (David Mazouz) part en exil. Décidé à apprendre tout ce dont il a besoin pour protéger Gotham, le jeune homme disparaît pendant dix ans. À l’issue de ce périple, tout le monde attend son retour et son projet pour la ville. Le commissaire Gordon (Ben McKenzie) est sur le point de quitter les forces de l’ordre pour profiter de sa famille. C’est également (comme par hasard) ce jour là que le Pingouin (Robin Lord Taylor) sort de prison. Manque de chance encore, l’asile d’Arkham est mis à sac et Edward Nigma (Cory Michael Smith) en profite pour s’enfuir. Il faudrait un justicier pour remettre de l’ordre dans tout ça…

Our story is over, old friend

Cet ultime épisode de Gotham donne une conclusion satisfaisante à la série. Même si on se demande s’il était nécessaire de terminer par un flash forward. Les premières minutes s’ouvrent sur Bruce quittant Gotham pour suivre sa formation. Et ça aurait pu finir là-dessus… mais Gotham est avant-tout une série sur les autres personnages qui peuplent le monde de Batman. Il fallait apporter une conclusion à l’histoire de Jim Gordon, d’Oswald Cobblepot et de tout ce petit monde. Dix ans plus tard, Gordon arbore bien sa belle moustache. Mais comme pour dire « on s’en fout de l’image d’Épinal du commissaire », Jimmy rase sa protubérance pileuse après une réflexion de son épouse. Et c’est bien là le problème de cet épilogue. Les créateurs veulent à la fois coller aux comics, tout en gardant son identité. Une sort de « Elseworlds », dirons-nous (épisodes des comics DC où on voyait une version alternative des héros). Certains des protagonistes ont tellement évolué depuis les débuts de la série qu’il n’est pas possible de coller leur histoire à celles des BD d’origine. Barbara (Gordon) Kean, par exemple, n’a rien de la femme fragile du commissaire. Elle a bien eu une fille avec Gordon, la petite Barbara Lee. Mais elle est passée de femme criminelle à femme d’affaires en dix ans. D’autres comme Oswald et Eddy adoptent leur identité du Pingouin et du Riddler. Ça va même jusqu’à à la caricature quand on voit les costumes qu’il arborent. Gotham est donc un peu bancale et ne sait jamais sur quel pied danser pour faire plaisir aux fans de la série et eux fans des comics.

I am not your enemy

Que l’on soit fans de la première heure ou juste curieux de dernière minute, tout ceux qui ont regardé cet épisode attendaient une chose : Batman. Et la promo faite par Warner des semaines auparavant faisait monter la pression sur la venue du Chevalier Noir. Les producteurs avaient promis que les spectateurs verraient leur héros en action. Et la réponse est… oui et non. À l’image d’un Smallville, Gotham offre bien l’acteur dans le costume du héros mais tout se fait à moitié. Ainsi, Batman est présent plusieurs fois dans cet épisode. Il interagit avec Gordon, Selina, Oswald et Eddy… Mais on ne le voit que de dos ou on entend sa voix (caverneuse, parce que bon, c’est devenu la marque de Batman apparemment). Ce n’est que dans les dernières secondes qu’on voit enfin le héros en pleine lumière. Et la déception est grande. On reconnaît bien David Mazouz sous le masque mais le costume est fait de bric et de broc. Certains cosplayers font largement mieux sans le budget de Warner. Même le Batman de Titans est mieux, c’est dire. Le problème esthétique n’est pas le seul pour notre justicier de la nuit. C’est l’absence de Mazouz tout au long de l’épisode alors que Bruce est constamment évoqué. Les producteurs ont choisi de changer l’actrice incarnant Selina Kyle/Catwoman pour qu’elle soit plus crédible dix ans plus tard. Si Camren Bicondova, l’actrice qui a incarné Selina ces cinq dernières années, a soutenu ce choix, on se dit que David Mazouz n’a pas voulu laisser sa place à un autre pour jouer Bruce Wayne. Du coup, il y a un vide que la vision de Batman n’arrive pas à combler. Finalement, on n’est pas si loin de Smallville et des quelques apparitions furtives de Clark en Superman dans l’épisode final. Sauf que Tom Welling a joué les héros durant plusieurs saisons. Même s’il ne portait pas les collants, il a eu plusieurs « proto-costume ». Ok, Mazouz a aussi eu un premier costume ces dernières saisons mais ce n’était pas aussi convaincant.

So what do I call you?

S’il y a bien une chose qui aura marqué les fans, c’est l’évolution de Cameron Monaghan dans le rôle du Joker. Interprétant d’abord Jérôme Valeska, puis Jeremiah, son frère jumeau. Sa relation complexe avec Bruce évolue jusque dans ce dernier épisode. Devenu vieux, le vilain est défiguré. Le maquillage aidant, Monaghan peut prêter les traits au Joker de Gotham. Et heureusement, car les quelques minutes à l’écran donnent envie que ce personnage reviennent d’une manière ou d’une autre. Sa relation avec Batman est lancée. Et leur passé commun fait qu’elle est plus poussée que dans les comics. Au point qu’on se demande s’il ne sait pas qui se cache sous le masque… D’ailleurs, si tout le monde chercher Bruce au long de l’épisode, personne ne se dit que l’arrivée du Chevalier Noir coïncide avec le retour de Bruce. Certes dans les comics, c’est un peu pareil. Mais Gordon, Oswald ou encore Harvey ont vu le jeune homme évolué dans sa quête de justice. Il leurs suffirait de faire 1 + 1 pour le comprendre. On aurait au moins souhaité que Gordon le sache.

Une fin sympathique mais qui ne remplit pas toutes ses promesses. Un peu plus de l’homme chauve-souris aurait été le bienvenue. Ou au moins, il n’aurait pas fallu le teaser autant. Allez, on se dit que le monde de Batman revient cet été dans la série Pennyworth.

[Pierre Bisson]