Le monde des comics est à nouveau en deuil, puisque l’on vient d’apprendre la disparition de Florence « Flo » Steinberg. Surnommée « Fabulous Flo » par Stan Lee, elle avait été la première personne recrutée dans l’équipe Marvel (après que l’éditeur ait réellement repris ce nom).

Après que la société d’édition ait renoué avec le succès, dans les années soixante, Flo Steinberg avait été l’assistante de Lee, s’occupant de nombreuses tâches administratives mais triant aussi le courrier des lecteurs (elle racontait à l’occasion comment, aussi, elle avait dû signaler au FBI quelques menaces de mort reçues à l’époque par Marvel), leur répondant au téléphone ou les accueillant même parfois dans les locaux. Ce qui aurait pu rester un travail de secrétaire devient alors une vraie action d’animation de la fanbase. Elle est essentielle dans la mise en place de la M.M.M.S. (Merry Marvel Marching Society), le premier fanclub officiel de Marvel. De même, elle reçoit parfois les jeunes talents qui osaient pousser la porte de l’entreprise en quête de leurs premiers jobs. Les talents un peu moins jeunes se souviennent d’elle comme un maillon souriant qui se souciait qu’ils aient leur chèque le plus vite possible, alors que les boss avaient parfois d’autres chats à fouetter. Flo, elle, revenait travailler en plus le week-end pour s’assurer que les chèques partent à temps. Parfois, elle arrondissait aussi les angles entre les et les autres, sans quoi le chaos aurait régné dans les bureaux. Pour bien des vétérans des comics, Flo Steinberg, reconnue pour son humour et sa gentillesse, fut un maillon essentiel du Marvel des années soixante.

Mais tout s’arrête après un voyage à San Francisco, où elle a un véritable coup de cœur pour l’ambiance hippie qui y règne. Ce virage se produit à peu près au moment la rupture amoureuse de Flo avec le dessinateur Wally Wood. Elle revient donc prendre ses affaires à New York, quitte Marvel puis fait retourne à l’Ouest, où elle trouve un emploi à la San Francisco Comic Book Company. Après ce passage à San Francisco et s’être sensibilisée aux « comix » underground, elle revient à New York en 1972 où elle retrouve du travail, dans un premier temps chez Warren Publishing (l’éditeur de Creepy). Puis elle se lance à son tour dans l’édition en produisant en 1975 « Big Apple Comix », considéré aujourd’hui comme un jalon de la BD alternative américaine. Forte de son carnet d’adresse et de sa réputation elle peut alors compter sur des noms comme Ralph Reese, Wally Wood, Marie Severin, Neal Adams… Ses relations avec Marvel étant restées excellentes, elle y travailla à nouveau par la suite comme correctrice indépendante. En 1978, dans What If? #11, Jack Kirby l’identifia comme l’un des quatre principaux membres du « Marvel Bullpen » des Sixties (au côté de Stan Lee, Sol Brodsky et Jack Kirby lui-même) dans une parodie des Fantastic Four où elle tenait, du coup, le rôle d’Invisible Girl. Elle fit aussi une apparition plus récente mais moins reconnue dans Ultimate Fantastic Four #28 (2006), dans un monde où Thor est devenu Président et où elle lui sert de secrétaire. La « private joke » est que lors de ces apparitions elle est utilisée en rapport aux Skrulls.

Nos fidèles lecteurs peuvent se replonger dans la lecture de Comic Box #54 (2008), dans lequel elle avait voulu répondre à nos questions et témoigner ainsi de son expérience chez Marvel ou dans les comics indés. Flo Steinberg n’était pas dessinatrice, pas réellement scénariste, mais elle restera une pionnière, quelqu’un qui a façonné les comics que l’on peut encore lire de nos jours.