[FRENCH] Booster Gold se voit enfin confié la direction de sa propre branche de la Justice League, sponsorisée par l’ONU. Enfin sauf que ce n’est pas réellement la Justice League et que les choses sont faites (ou à moitié faites) d’une manière qui ne peut qu’offusquer les fans historiques de la Justice League International tout en perdant totalement l’éventuel lecteur nouveau. D’où l’envie de crier « Why ! » vers des cieux insondables tant le raisonnement éditorial défie toute logique…

Justice League International #1 [DC Comics] Scénario de Dan Jurgens
Dessins de Aaron Lopresti
Parution aux USA le mercredi 7 septembre 2011

On l’a vu dans les précédentes reviews, les sorties de DC Comics en mode DCnU ont un peu chacune leur propre approche de la continuité. En théorie la JLI ne semblait pas la série plus compliquée à relancer tant sa raison d’être se résumait facilement. Booster et ses petits camarades s’étaient retrouvés pour contrer les plans du néfaste Maxwell Lord, comme nous l’avait conté une maxi-série de 25 épisodes, Génération Lost, dans un passé récent. Rien qu’une ou deux pages de flashbacks n’aurait pas pu résumer avant qu’on passe à une nouvelle phase de la traque de Maxwell. Et bien non. C’était visiblement trop facile et DC a décidé de passer un coup de balai titanesque non seulement sur l’histoire « ancienne » du groupe mais aussi sur son passé récent. Dès le début on est vite fixé : Booster Gold n’a jamais partie de la Ligue et est tout heureux d’être enfin intronisé dans le groupe, avant de comprendre qu’il n’entre pas dans l’équipe fondée par Superman et les autres mais dans une sorte de contrefaçon pilotée par l’ONU, composée de héros qu’il ne connait que vaguement (il semble avoir croisé une ou deux fois, tout au plus, Guy Gardner). Bref, non seulement toute l’existence de la JLI antérieure (période Giffen/DeMatteis) est passée à la trappe mais si vous faites partie des quelques lecteurs qui vous êtes tapés la reconstitution de la JLI dans 25 épisodes de Generation Lost, vous pouvez désormais vous asseoir sur vos numéros, qui n’auront donc mené à rien. Et du coup, si pas de JLI antérieure, pas de Maxwell Lord non plus (à moins, et celà reste un maigre espoir, qu’on nous dise dans deux ou trois épisodes que la nouvelle donne est encore une manoeuvre mentale du dit Lord pour faire oublier à tout le monde qu’il existe). Dans l’état des choses, ce premier numéro ne peux guère que vexer le lectorat pré-existant de la JLI. Mais je sais ce que vous allez me dire. Le nouveau DCnU, ce n’est pas pour les anciens, sa raison d’être est d’attirer les nouveaux lecteurs. D’accord. Sauf que si on se place dans cette optique l’épisode n’a guère plus de sens. Le nouveau lecteur a de fortes chances de se retrouver dans la peau de Booster qui, en début d’histoire, se demande où sont Superman et Wonder Woman… Car si on a viré le passé de la JLI, on en a gardé, en gros, à un ou deux membres près, le casting sans se donner la peine de le présenter. Du coup si c’est votre premier épisode de la Ligue, comme on ne vous explique rien sur les personnages en dehors de leur mode de recrutement et, éventuellement, de leur nationalité, vous n’avez aucune idée de qui sont Rocket Red, Godiva et les autres. Et dans certains cas vous ne pourrez pas comprendre ce que sont les pouvoirs de certains d’entre eux, en dehors de personnages visuellement expressif (il est évident qu’Ice a des pouvoirs glaciaires). De quoi est capable Booster Gold, par exemple ? Si on ne l’explique pas au « newbie », il ne va pas l’imaginer…

Même en dehors de ces considérations liées au principe de continuité ou, tout au moins, de « présentation » des personnages, ce scénario est singulièrement bancale. On se la refait : Booster Gold arrive au Hall de Justice pour son intronisation dans ce qu’il pense être la vraie Justice League (personne n’a pensé à le prevenir avant). Arrivé sur le perron, c’est seulement à ce moment là que les officiels pensent à lui en parler. En fait l’ONU se méfie tellement de la Justice League « originelle » qu’ils veulent leur propre groupe. Qu’ils appellent donc aussi Justice League parce que c’est plus commercial pour vendre des comics mais sans se donner la peine de l’expliquer réellement dans le récit (comme la vraie Justice League serait-elle d’accord pour laisser créer un groupe utilisant son nom alors qu’elle n’a pas son mot à dire). Puis sans perdre de temps on apprend à Booster que ce sera lui le patron du groupe. Et il sera tellement le patron qu’on l’introduit rapidement à une équipe déjà sélectionnée dont il ne connait pas les autres membres. Et puis comme il y a des gros dossiers à gérer, les gars, on fout tout ce petit monde dans un vaisseau en partance pour régler le problème. Sans qu’on ait réellement eu l’impression que tout ce petit monde ait pris la peine de s’entraîner réellement ensemble. C’est un peu comme si vous convoquiez un pompier pour l’informer qu’il est chef de brigade (mais pas de la brigade qu’il pensait) et que vous colliez toute la dite brigade dans un camion en partance pour le prochain incendie sans que personne n’ait la moindre idée du mot « procédure ». Bref, on ne peut pas faire le reproche à la narration de ne pas faire preuve d’un certain dynamisme mais on est tellement pressé d’expédier les choses que la logique semble un luxe non nécessaire. Ajoutez à cela que la mystérieuse femme brune qui avait généré tant de questions dans une première édition de la couverture a disparu, remplacée par Godiva, et vous avez l’impression d’un projet réellement exécuté dans la précipitation.

Avec le terme « Justice League » dans le titre, il y a de fortes chances que cette JLI profite d’un effet d’appel dans le sillage du titre de Jim Lee et Geoff Johns. Mais, créativement, ce démarrage est bien saumâtre, factuel mal inspiré. Et, on l’a vu, pas seulement pour des questions de nostalgie. Sur Action Comics, les changements passent puisque la qualité est là pour les justifier. Ici… Ce n’est assurément pas « le » premier comic-book que je mettrais dans les mains d’un lecteur voulant démarrer les comics. Quand aux anciens, celà leur donnera plutôt l’impression d’une trahison de l’ère Giffen/DeMatteis. Fallait-il réellement intégrer la JLI au relaunch si c’était pour en faire çà ? La JLI est morte, vive la… ben non, la JLI est morte, tout simplement… Quelle plantade !

[Xavier Fournier]