A moins d’un an de Walking Dead #200, Robert Kirkman et Charlie Adlard nous proposent un tournant de la série. Un « numéro synthèse », pourrait-on dire, qui fait basculer les rapports entre la communauté de Rick et le Commonwealth. Les auteurs revisitent en effet certaines phrases clés de Rick pour mesurer le chemin parcouru et préparer la suite. Quelle suite exactement, c’est toute la question du cliffhanger des dernières pages.

Walking Dead #191Walking Dead #191 [Image Comics]
Scénario de Robert Kirkman
Dessin de Charlie Adlard
Parution aux USA le mercredi 1er mai 2019

La saga du Commonwealth et la reprise possible avec une forme normalisée de société, c’est un arc qui a beaucoup traîné dans la série. Sans doute parce que ce passage à un niveau plus politique ne s’appuie pas forcément sur des personnages aussi forts que des sagas passées. La « Gouverneure » Milton n’est pas aussi charismatique que le Governor originel ou que Negan. Mais on en arrive avec ce 191ème épisode à quelque chose qui nous permet de comprendre, sans doute, ce que Kirkman veut faire. C’est à dire remettre Rick dans une position de leader face à la problématique de l’assimilation dans un autre groupe. Sous un vernis de différence (surtout marqué par le fait que les soldats du Commonwealth ont de faux airs des Gardes Impériaux de Star Wars), ce n’est sans doute pas un hasard si Kirkman a replacé, dans un autre contexte, le grade et le vocabulaire de « Governor », tout comme il réinstalle Rick dans une position connue mais avec un caractère changé par des années d’expérience. Dans sa prise de parole de ce numéro, Rick retrouve quelque chose du speech adressé à Negan avant de le vaincre. Si ce n’est que cette fois Rick croit beaucoup plus à ce qu’il dit, au point de revisiter certaines phrases célèbres des premiers tomes de la série pour, cette fois, exprimer exactement le contraire. C’est un numéro sur le fil du rasoir, puisqu’il tend à déterminer si, désormais, on peut avoir confiance ou pas en la nature humaine dans l’univers de cette série. Rick en est désormais convaincu. Mais ne risque t-il pas de se réveiller trop tard ?

« This is who we are! »

Au contraire de son adaptation à la télévision, le comic-book de Walking Dead est totalement centré sur Rick Grimes. C’est le seul personnage que l’on suit depuis le début (même le fiston n’est intervenu dans la série qu’au bout de quelques pages), à travers les migrations dans différentes communautés, les menaces à combattre et ce qu’on pourrait qualifier de générations entières d’amis perdus. Ce numéro joue encore plus cette carte, l’essentiel des autres personnages (Mercer, Michonne, Carl…) n’étant que des figurants tandis que Rick expose son nouveau projet. Avant l’apparition du Commonwealth, Rick se débattait dans sa propre communauté avec la tentation du totalitarisme. Le voici revenu à une vision plus proactive qui pourrait tout changer, dans un sens comme dans l’autre. Et parce que Rick Grimes est cent fois plus important au déroulement de la BD qu’il ne l’est dans le petit écran, qu’il est un peu le thermomètre, le repère de Walking Dead, les rebondissements de cet épisode ne manqueront pas de prendre les lecteurs à la gorge, se demandant ce qui peut se passer après ça. Après ce qu’on pourrait considérer peut-être pas de passage à vide mais plutôt de « récit académique », Kirkman et Adlard secouent les branches et sont prêts à tout remettre en jeu. Ou à faire comme si, en tout cas. Cela nous promet au moins quelques épisodes compliqués pour les ressortissants d’Alexandria et du Commonwealth. Le compte-à-rebours vers le #200 semble bel et bien lancé.

[Xavier Fournier]