Les Avengers ont été « Secret », « Mighty », « New » et d’autres choses. Les voici « Savage » pour une histoire qui ne ressemble pas tant que ça à un récit des Avengers. Techniquement, cette suite directe de No Road Home n’implique en effet que deux « Vengeurs » (et encore l’un d’entre eux ne l’a plus été depuis des années), privilégiant des personnages plus baroudeurs, plus violents. Quand on a le Punisher, Venom ou même un certain barbare à bord, les règles sont bousculées.

Savage Avengers #1Savage Avengers #1 [Marvel Comics]
Scénario de Gerry Duggan
Dessin de Mike Deodato
Parution aux USA le mercredi 1er mai 2019

A l’issue d’Avengers: No Road Home, Conan le Barbare a fait son retour dans l’univers Marvel proprement dit et s’est retrouvé dans le XXI° siècle. Mais la transition ne pose pas de problème pour lui puisqu’il se retrouve en pleine Savage Land (d’où le nom de la série, sans doute), entouré de dinosaures et de sectes primitives qui ne le changent guère de son époque d’origine (pour peu qu’on remplace les dinosaures par des démons). Mais il ne tarde pas à croiser Wolverine et là, le colosse barbare n’est pas vraiment préparé à en découdre avec un être pourvu d’une capacité d’auto-guérison. Conan s’est déjà retrouvé dans le « présent » en d’autres occasions, y compris chez Marvel mais il s’agissait surtout de récits à la « What If » et c’est donc sa première vraie rencontre dans la continuité avec Logan. Gerry Duggan élargit d’ailleurs le cadre en s’arrangeant pour qu’un complot amène sur la Terre Sauvage quelques personnages pas spécialement connus pour leur côté pacifique. Si l’on retire Brother Voodoo, on a quand même de la brute épaisse, de l’assassin ou du dingue de la gâchette. En fait d’Avengers, l’équipe qui commence à se former est beaucoup plus proche des Thunderbolts « Rouges » (époque Red Hulk) puisqu’on croise déjà Frank Castle et Venom, en attendant qu’Elektra entre dans la danse.

« %#@$ Crom. »

Il s’agit du dernier projet d’envergure du dessinateur Mike Deotato Jr. chez Marvel, au moins dans l’immédiat. Mais il s’éclate visiblement à représenter Conan et son style est essentiel pour négocier une sorte de plateforme commune entre les mondes du barbare et du mutant griffu. Bien sûr, le projet a de quoi déclencher des convulsions chez les puristes de Robert E. Howard puisqu’assurément Conan n’a pas été créé dans cette idée. Mais il faut prendre plusieurs choses en compte. D’abord Savage Avengers n’est jamais qu’une continuation thématique de ce que se faisait il y a une quarantaine d’années avec les fameux What If qui catapultaient déjà Conan dans le monde Marvel. Plus proche de nous, il faut voir aussi que Dark Horse et les ayant-droits de Conan ne se sont pas gênés pour quelques rencontres du même ordre (le relativement récent Wonder Woman/Conan par exemple). Puis on se souviendra, dans les tous premiers épisodes du comic-book de Conan d’une rencontre improbable avec Elric le Nécromancien, création de Michael Moorcock. Et, sans vouloir faire parler les grands absents, il faut bien voir que de son vivant Robert E. Howard n’était pas contre la logique de partager ses jouets avec d’autres auteurs, quelques échanges de références ayant lieu entre Lovecraft et lui. Certes, ce n’est pas tout à fait comme mélanger Conan avec des « super-slips » mais il faut dire que c’est pour ainsi dire marqué sur la couverture et que ceux allergiques à l’exercice ont donc tout le loisir de l’éviter. Pour le reste, on peut dire que la question n’est pas tellement de se demander si c’est fidèle à Conan mais plutôt aux Avengers. En dehors du caractère commercial, le groupe composé pour l’occasion pourrait aussi bien se nommer les Defenders. Les personnages plutôt violents ont été choisi sur mesure pour « correspondre » à Conan, tout comme l’idée de la secte préparant des sacrifices humains. Peut-être qu’en un sens il aurait été plus drôle de voir des super-héros pur jus tenter de survivre (mais en un sens la chose a déjà été faite avec Scarlet Witch dans No Road Home) ou Conan à New York. Mais peut-être que les épisodes à venir nous proposeront ce genre de situations.

[Xavier Fournier]