[FRENCH] Vous avez tous les numéros de Strange, de Spécial Strange, d’Amazing Spider-Man, de Spectacular Spider-Man, de Marvel Team-Up et d’autres encore ? Vous êtes incollable sur la biographie de l’Homme-Araignée ? Oui mais voilà : il y a de bonnes chances que vous n’ayez pas ce combat entre le héros et le Bouffon Vert. Il fallait passer chez le dentiste au bon moment…

Alors que commence cette histoire (écrite par Marv Wolfman et dessinée par Alex Saviuk), Spider-Man se rue au Daily Bugle. Peter Parker y est attendu par l’irascible J.J. Jameson et le héros ne peut espérer qu’après tout c’est peut-être qu’il veut l’augmenter. L’espoir fait vivre. Mais quand, une fois changé dans sa tenue civile, Peter arrive dans le bureau du patron du journal, il doit vite déchanter. La « chose importante » pour laquelle Jameson l’a convoqué, c’est… pour lui demander d’emmener son neveu Randy chez le dentiste! Bien sûr dans un premier temps Parker refuse mais Jameson lui objecte que, d’abord, les autres employés du Bugle sont trop importants pour qu’on leur confie ce genre de corvée. Ensuite Randy veut devenir photographe et que ce serait une bonne expérience pour lui d’en rencontrer un. Enfin, c’est comme ça et pas autrement et si Parker refuse il sera viré sur le champ du journal. Convaincu par la diplomatie de ce dernier argument, Peter accepte de traîner l’enfant chez son dentiste…

Pendant ce temps, de sombres plans se trament sans que le fameux sens d’araignée du héros ne s’en doute encore: Le Bouffon Vert (ou Green Goblin si vous préférez la VO) a repris du service ! Retrouvant une de ses bases cachées, il prépare ses plans de vengeance quand soudain il tombe sur un article de journal qui parle d’un scientifique ayant mis au point un « laser dentaire ». Le Bouffon Vert éclate de rire comme il sait si bien le faire: il vient de trouver le moyen de dérober des millions de dollars et, en même temps de se venger de Spider-Man. Comment ? Il nous faudra attendre quelques pages pour le savoir.

Le Bouffon Vert a visiblement rigolé tellement de temps que dans l’intervalle Peter Parker et Randy ont eut le temps de quitter les locaux du Bugle et de se rendre chez le dentiste. Randy a bien quelques carries mais le spécialiste promet de s’en occuper sans trop de problème. C’est seulement dommage qu’il n’ait pas encore terminé son prototype de laser dentaire, avec lequel il irait beaucoup plus vite. Oui: le dentiste de Randy et le scientifique visé par le Bouffon ne font qu’un ! D’ailleurs c’est le moment théâtral où le Bouffon passe à travers la fenêtre et s’empare du praticien. Parker, lui, la joue profil bas car il ne veut pas que son adversaire devine qu’il est Spider-Man. A ce stade, les fans des Marvel Comics sont en droit de se poser une question : de quel Green Goblin s’agit-il ?

Nous sommes en 1980, ce qui place l’histoire bien trop tard pour qu’il puisse s’agir de Norman Osborn (le Bouffon originel), à l’époque supposé être mort (et qui n’a refait surface que plus de 15 ans plus tard, à l’issue de la « saga du clone »). Ce serait donc Harry, le fils de Norman ? Ca ne semble pas être le cas car ni le Bouffon ne semble pas accorder d’attention particulière à Parker, ce qu’il forcément s’il y avait un Osborn sous le masque.

L’explication la plus probable est que Marv Wolfman ramène dans cet épisode le troisième Bouffon Vert : à la fin des années 70, Bart Hamilton, le psychiatre s’occupant d’Harry Osborn (le deuxième Bouffon Vert) lui avait soutiré tous les secrets de son père ainsi que la liste de ses bases cachées. Il était devenu le troisième Bouffon, profitant du fait que les indices laissés accusaient Harry et détournaient l’attention de sa véritable identité. Mais à l’issue de cette saga (Amazing Spider-Man #180, mai 1978), Spider-Man et Harry (habillé en Bouffon) avaient affronté Hamilton. Le tout culminait dans l’explosion d’une bombe au terme de laquelle Hamilton était supposé être mort et Harry, blessé, perdait la mémoire, oubliant ainsi ses activités de Bouffon mais aussi l’identité secrète de Spider-Man. Hamilton étant le seul des trois Bouffons a ne pas d’enjeu personnel avec Parker et de plus Amazing Spider-Man #180 ayant été édité par le même Marv Wolfman qu’on retrouve à l’écriture de l’épisode qui nous intéresse, il y a fort à parier que le Bouffon qu’on voit ici est Hamilton, invalidant ainsi le fait qu’il était supposé être mort depuis deux ans…

Mais revenons à nos moutons : ayant trouvé le temps de se changer, Spider-Man s’élance à la poursuite du Bouffon Vert mais peine à rattraper ce fou dangereux assis sur son mini-missile en forme de chauve-souris. Tombant du ciel, le héros ne doit la vie sauve qu’au fait de tisser une toile entre les immeubles. De retour au Daily Bugle, on pourrait croire que Jameson se réjouit que Parker ait réussit à ramener son neveu sain et sauf. Et bien non, il vire même Parker sur le champ pour ne pas avoir ramené de photos d’une bataille où Spider-Man était mis en difficulté par le Green Goblin. Comme visiblement ce n’est pas le moment de négocier avec l’éditeur, Randy et Peter vont au zoo, où le photographe montre à l’enfant comment on fait des prises de vues. Mais quand Peter écoute un rapport radio, émanant d’une proche voiture de police, il est à nouveau mis sur la piste du Bouffon. Il laisse Randy en plan et redevient Spider-Man… Le Bouffon est en train de commettre un hold-up à la Bite Gem Company (la compagnie de la gemme de la morsure). Là aussi Spidey est incapable de stopper son adversaire. Surtout que Randy arrive à un moment sur les lieux en s’écriant « ca y est, j’y suis enfin arrivé ». Comment a t’il deviné que c’est là que les choses se passaient, mystère. Enfin de toute manière le Bouffon s’en va une nouvelle fois triomphant.

Peter et Randy se rendent ensuite à une exposition sur les dents, espérant y trouver un indice. Finalement dans l’exposition Peter a une illumination : puisque le Bouffon attaque seulement des endroits liés à l’industrie de l’hygiène dentaire… Peter dépose d’abord Randy chez sa tante May puis cours, sur une intuition, jusqu’à un atelier où l’on fabrique les plombages. Là, le Bouffon est encore présent mais Spider-Man n’a pas plus de chance… Sauf que cette fois, si le Bouffon s’échappe, Spidey a le temps de lui coller un spider-tracer. Ce qui semble confirmer qu’il s’agit bien du troisième Green Goblin: les deux premiers, plus habitués des méthodes du tisseur-de-toile, ne se laisseraient pas tracer sans en avoir conscience. Spider-Man arrive donc à trouver le QG de son ennemi et de tirer de ses griffes le pauvre dentiste. Mais de nouveau le Bouffon reste libre de frapper une nouvelle fois. Seulement il ne reste plus guère que l’exposition sur les dents comme endroit « thématique » à visiter et Spider-Man arrive à y retrouver le Bouffon, l’empêchant de mettre la main sur un dernier élément nécessaire à la mise au point du laser convoité. Spider-Man bat cette fois-ci le Bouffon sans appel possible. Le mécréant termine dans les pommes, prêt à être envoyé en prison. Et de mémoire c’est une première car dans les rencontres précédentes avec les différents Bouffons, Spider-Man s’était toujours arrangé pour que les Osborns ne soient pas accusés. Dans d’autres cas ils étaient laissés pour morts ou amnésiques. C’est la première fois (et là seule jusqu’à ce que Luke Cage et Spider-Man mettent Norman Osborn hors d’état de nuire dans The Pulse/Marvel Knights Spider-Man) où un Bouffon va finir en cellule, achevant de nous convaincre qu’il s’agit du Bouffon n°3. Puisque Peter a eut la présence d’esprit de faire fonctionner son appareil photo automatique, il peut vendre les photos à Jameson et est donc réinstauré dans les effectifs du Bugle. Quand à Randy il peut enfin se rendre chez son dentiste, tandis que Spider-Man termine sur un message expliquant l’importance de bien se brosser les dents.

A ce stade, l’omniprésence de la dentition dans cette histoire m’oblige à vous expliquer la particularité de ce « Amazing Spider-Man Exclusive Collector Edition ». Il ne s’agit pas d’un comic book diffusé de manière classique mais d’une BD spéciale réalisée à l’attention d’AIM. Une autre explication au passage: si pour la plupart des Marvelophiles convaincus qui liront ces lignes « AIM » est une organisation meurtrière qui empoisonne souvent la vie de Captain America ou d’Iron Man, dans la vie réelle c’est aussi le nom d’une marque américaine de dentifrice. D’où l’idée d’un comic « cadeau », donné en bonus aux enfants qui utilisaient cette marque. Et comme de bien entendu Marv Wolfman a basé son histoire sur ce thème « dentaire ». A ma connaissance on n’a plus entendu parler de Bart Hamilton et le plus souvent, quand il est mentionné dans un comic moderne, on fait allusion au fait qu’il est mort. Au demeurant cela laisserait penser que sa mort dans Amazing Spider-Man #180 reste valide (et donc que la validité cette saga dentaire est à mettre en doute). Maintenant si Bart avait les mêmes capacités que Norman (qui a survécut à un semblant de décès grâce à une sorte de pouvoir de guérison semblable à celui de Wolverine), il a sans doute survécut au delà des apparences, le laissant en état de combattre Spidey dans cet Amazing Spider-Man Exclusive Collector Edition et après, peut-être, périr pendant qu’il était emprisonné. Et (sauf erreur mais vue le nombre d’histoires consacrées à Spider-Man il est difficile d’en être sûr) on n’a jamais plus entendu parler de Randy Jameson, qui doit toujours être sur le siège du dentiste.

Dernière chose: en 1990 Erik Larsen a signé une saga de Marvel Comics Presents dans lequel il ironisait sur le fait que tous les amis, voisins ou collègues de Peter Parker finissaient toujours par être menacés par un super-vilain ou bien par en devenir un eux-mêmes. Dans ces épisodes, Spider-Man découvrait avec horreur que même son dentiste était devenu un criminel. Il serait doublement ironique que le dentiste criminel soit celui vu dans cet épisode. Non seulement parce que Spidey s’efforce de le sauver tout au long de l’histoire mais aussi parce que du coup un personne créé pour promouvoir « l’industrie dentaire » se retrouverait, quelques années plus tard, transformé en malfaiteur…

[Xavier Fournier]