Alors que la quatrième saison de Gotham a pour sous-titre « A Dark Knight » et qu’elle a pour fil rouge les activités d’un Bruce Wayne pas encore devenu Batman mais déjà justicier clandestin, cet épisode se recentre sur Jim Gordon et Harvey Bullock, aux prises avec un dangereux déséquilibré bien connu des fans de Grant Morrison. Le Professor Pyg est dans la place

« Oïnk, Oïnk… »

Cela faisait un bail que nous n’avions pas chroniqué la série Gotham qui, ces dernières années, a considérablement modifié son jeu. Là où les super-villains, déclarés ou émergeants, ont toujours affichés un côté fantasque, baroque, Gordon (Ben McKenzie) et ses collègues la jouaient plutôt terre-à-terre dans les premiers épisodes. Cette fois, la tonalité se fait plus théâtrale, surjouée. Il faut dire que même si le « tueur de la semaine » est le Professor Pyg, l’épisode s’appuie sur différents autres éléments. Il y a, toujours, Oswald Cobblepot (Robin Lord Taylor), le Pingouin, sur lequel on peut toujours compter pour donner de la grandiloquence à la moindre scène (cette fois, le simple fait que quelqu’un annule un repas devient un drame pour lui). Il y a aussi le fait que, pour mener leur enquête, Gordon et Bullock (Donal Logue) jouent à « good cop/bad cop » une partie de l’épisode, avec des intonations plus exagérées.

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« Je viens du marais… »

Et puis il y a une double intrigue récente qui se poursuit. Edward Nygma (Cory Michael Smith) a perdu l’intellect qui faisait de lui un « Sphinx ». Dans son malheur, il a cependant la chance d’être tombé sur Solomon Grundy (Drew Powell), un colosse mort-vivant dont le quotient intellectuel… est aux abonnés absents. On pourrait les surnommer «Dumb et Dumber ». Seulement voilà, rien n’est plus délicat que de mettre en scène la bêtise. Si ce n’est pas assez, le public n’y croit pas. Si c’est trop, on a des chances de faire croire non pas à la stupidité voulue des personnages mais à celle, involontaire, du show. Le vrai truc qui qui bloquera les fans de comics, c’est le côté gros plein de soupe de Grundy, là où on s’attendrait à un colosse aussi sec que blafard, quelque chose qui ressemble plus au Lurch de la Famille Addams. Gras et idiot, Solomon Grundy peine à s’imposer sérieusement à l’écran. Sans doute que les auteurs lui ont prévu des moments plus forts au cours de la saison. Mais là, même quand il défonce le crâne d’un adversaire, Solomon en mode « gros patapouf » ne fait pas vraiment peur…

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Balance ton porc

Peur ? Pour cela on peut compter sur un autre personnage cette semaine, d’autant plus qu’il frappe tout en gardant son mystère. Le Professor Pyg s’attaque à Gotham mais dans une version qui tient plus des serial-killers de Seven, du Silence des Agneaux. Dans les comics, le Professor Pyg c’est plus Human Centiped : il s’agit d’une sorte de chirurgien esthétique dément qui défigure ses victimes et en fait ses esclaves, les forçant parfois à danser de manière grotesque. Dans Gotham, on est plus dans le « gros rouge qui tache », à savoir un tueur qui s’acharne sur les flics ripoux ou sur quiconque travaille pour le Pingouin. En un sens c’est un « vigilante » (ses motifs restent mystérieux à ce stade, mais on peut présupposer que cela n’a rien à voir avec la Justice). Ce Professor Pyg ne défigure personne : il se contente de déposer des têtes de cochons sur le visage de ses victimes. Rien à voir avec le rapport à la domination du Pyg des comics d’origine. Cependant, à l’écran, le personnage reformulé fonctionne et s’impose comme un danger crédible pour Gordon et Bullock.

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Quoi de neuf, Docteur ?

Un autre personnage qui ne respire pas la bêtise jouée ou surjouée (et qui se retrouve dans un dilemme intéressant). Puisque cela faisait longtemps que nous n’avions pas évoqué la série, notons d’ailleurs que Leslie Thompkins a un peu connu le même genre de lifting que Tante May dans Spider-Man: Homecoming. On passe d’un personnage qui (dans les comics) est à la base une mamie à une actrice beaucoup plus jeune et sculpturale (Morena Baccarin). On garde d’elle l’image d’un personnage positif, d’une sorte de mère de substitution pour Bruce Wayne dans la BD. Mais ici elle est pratiquement entrée dans la clandestinité. Obligée de soigner les lutteurs d’une arène clandestine (essentiellement, c’est le club de Roulette, sauf que les scénaristes ne peuvent utiliser ce nom, déjà « grillé » dans la série TV Supergirl), Leslie va devoir aller plus loin dans les compromis pour permettre à son cabinet médical de fortune d’aider les gens dans le besoin. Tandis que cette année on assiste à l’ascension de Bruce Wayne (totalement absent de cet épisode), l’idée est peut-être de jouer, inversement, sur une descente aux enfers de la jeune femme.

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En quête d’enquête ?

Gotham a évolué au fil des années mais conserve deux problèmes : Le premier est de ne toujours pas avoir véritablement tranché, de présenter ce qui pourrait être un show plutôt sombre tout en continuant d’entretenir des aspects trop caricaturaux (Solomon Grundy, par exemple). Le second est de continuer de tourner le dos à la notion d’enquête où au concept de « série procédurale ». C’est à dire que là où dans la première saison les choses se bornaient souvent à « allons poser des questions à Fish Mooney » quel que soit le problème, la fonction a été reprise par le Pingouin. Bien sûr c’est justifié ici par le fait que le mort était en contact avec lui. Mais Gordon et Bullock ne s’intéressent à rien d’autre des conditions du meurtre. On reste loin d’un Law & Order au pays des super-villains et par conséquent la série TV ne se hisse toujours pas au niveau d’un comic-book tel que Gotham Central. A plus forte raison quand l’autre promesse tacite de cette saison, le proto-Batman, n’est pas dans les parages…

[Xavier Fournier]