[FRENCH] Cette semaine, début d’une longue série qui sera consacrée au premier des super-héros et à son entourage. En effet, après plus de quinze ans d’éclipse dans les illustrés pour la jeunesse, le personnage fondateur du genre super-héroïque allait faire un retour remarqué et rester la référence pendant quelques années.

En France, au début du silver age, la licence des séries de Superman est toujours détenue par les Editions Mondiales Del Duca. Mais cet éditeur quasi-historique (le deuxième après la S.A.G.E.) ne l’exploite plus auprès de la jeunesse depuis la fin de L’Astucieux en septembre 1948. La loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse a en effet eu pour effet de notamment faire disparaître les séries de super-héros américaines. Les apparitions de Superman se limitent donc à la parution de comic trips dans la presse quotidienne généraliste et de quelques pages dans les publications féminines (Intimité & Nous-deux) ou télévisuelles (Télé Poche) du groupe Mondiales.

Les choses vont changer en octobre 1965, soit exactement 17 ans après l’arrêt de L’Astucieux et à peu près le même écart de temps concernant l’arrêt de publication du personnage dans Le Journal de Spirou. Mais ce renouveau ne passe pas par les Editions Mondiales et il s’agit en effet d’un surprenant retour aux sources de l’histoire de la publication de Superman en langue française. Car c’est outre Quiévrain qu’apparaît un magazine de la société Interpresse intitulé tout simplement Superman. Il faut dire que la Belgique n’a pas connu de loi de censure. Elle a même au contraire subi la loi française plusieurs fois (interdiction d’un album de Boule & Bill et de Sammy notamment).

[book id=’555′ /]

Mais contrairement aux Editions Dupuis et à la S.A.G.E. en 1939, la politique éditoriale est primordiale. En effet, le personnage à déjà 27 ans de publication sur deux périodes (le golden & le silver age). Mais, les décideurs d’Interpresse vont bien organiser le retour du personnage au travers d’un choix judicieux d’épisode qui vont expliquer aux nouveaux lecteurs les fondamentaux du personnage et de son univers en piochant dans l’énorme stock d’épisode à leur disposition.

Profitons de ce nouveau départ pour comparer les différentes origines du personnage que les lecteurs francophones auront découvert. En 1938, cela faisait plusieurs années que Jerry Siegel & Joe Shuster essayaient de vendre sans succès leur projet de comic strips de Superman. Sur les recommandations de Max Gaines, Vince Sullivan propose à Jack Liebowitz et Harry Donenfeld d’utiliser ce matériel pour lancer le titre Action Comics. Le précédent propriétaire de National Allied Publications, le Major Macolm Wheeler – Nicholson, avait en effet publié en 1937 un ashcan (publication en N & B a petit tirage visant uniquement à sécuriser le copyright d’un titre) portant ce titre (une version différente rapporté par les enfants du Major indique que le projet de publication de Superman existait avant la perte de contrôle de NAP). Il était urgent de sortir un premier numéro et NAP était à court de matériel. La décision fut donc prise de découper les strips de Superman pour les remonter au format comics (là encore, les versions divergent en sachant qu’il n’a jamais été établi avec certitude qui réalisé le travail de remontage).

La version publiée dans Action Comics #1 privilégie l’action et l’explication des origines de Superman est expédiée en une page. Une case pour l’explosion de Krypton, une case pour l’orphelinat, une case pour les Kent et une double case pour l’explication de ses pouvoirs. Mais suite au succès du personnage, les syndicates (agences de publication des comic strips) reviendront sur leur décision et publieront Superman en comic strips. C’est cette version que les lecteurs francophones découvriront dans Le Journal de Spirou n° 9 de 1939 en Belgique et Aventures n° 10 de 1939 en France. Nous laissons nos lecteurs se référer au numéro 1 de cette chronique (French Collection #1) pour de plus amples détails, et notamment la reproduction de la première page publiée qui présente les six premiers strips tous consacrés à Krypton.

L’origine de Superman est bien plus détaillée notamment sur la partie kryptonienne. Car pour l’enfance et l’adolescence de Clark Kent, les détails sont minimes. Tout juste le voit on prêter serment de défendre le bien sur la tombe de ses parents adoptifs. Cette partie sera un peu plus développée dans Superman #1 que les lecteurs français découvriront des décennies plus tard dans la traduction de DC Archives Superman que publiera Semic juste avant la perte de la licence DC Comics.

L’explication de ses superpouvoirs est également succincte et ne s’explique que par une différence de densité (et donc de force gravitationnelle) de Krypton par rapport à la Terre. Là encore, Superman #1 apportera quelques précisions qui resteront inconnues du lecteur francophone pendant une éternité. La deuxième occasion pour les lecteurs francophones de découvrir les origines de Superman se produit avec la parution dans L’Astucieux des Sunday comic strip 317 à 325 (publié aux Etats Unis en novembre 1945 et en France en mai 1947) racontant la destruction de Krypton et l’adoption du petit Superman par les Kent. Cependant, les lecteurs de L’Astucieux ont malgré tout dû penser qu’il prenait l’épisode en cours. En effet, les trois premiers strips ont été publié dans L’Astucieux n°00. Il s’agit d’un numéro publicitaire composé d’une simple feuille couleur grand format qui avait été distribué gratuitement comme cela se faisait beaucoup à l’époque. Mais étrangement, les Editions Mondiales ne republieront pas la page dans le numéro un de L’Astucieux. Cette fois-ci il n’y a même pas une case sur l’explication des pouvoirs du héros.

Tel ne sera pas le cas dans Superman n° 1 des éditions Interpresse. En effet, dès la couverture apparaît une volonté pédagogique puisqu’elle présente déjà des informations sur le personnage (il s’agit de la reprise partielle de la couverture de Superman Annual #8 (hiver 1963 – 1964). La première histoire est quant à elle reprise de Superman #146 (juillet 1961). A cette date, toute la mythologie du personnage est en place. L’épisode présente donc la destruction de Krypton mais c’est la première fois qu’il est fait en français mention du premier essai manqué de fusée avec Krypto. L’épisode classique de l’orphelinat et de l’adoption par les Kent est de nouveau présenté. Mais cette fois, il est beaucoup plus développée et nous présente les problèmes que le jeune Clark posera à ses parents et la manière dont ils le résoudront. Pour la première fois, l’explication du super-costume est donnée ainsi que celle des super-lunettes.

L’environnement de Superman est aussi extensivement décrit. Il s’agit de la première mention en français de Smallville (traduit par Picoville [sic]), de son apprentissage et de sa première apparition en tant que Superboy. Première mention également de ses caches secrètes dans la maison des Kent, du tunnel de sortie et des robots qui lui servent notamment à éluder les doutes de la jeune Lana Lang (cf. French Collection #109). Beaucoup plus novateur, l’épisode comprend une explication complète des pouvoirs de Superboy qui ne se limite pas cette fois ci à la différence de densité entre Krypton et la Terre. Cette donnée n’explique en effet que sa puissance musculaire (force & souffle) liée à sa super-densité (rentre également dans cette catégorie mais de manière beaucoup plus étrange le fait de voler).

Les super capacités intellectuelles (vision aux rayons X, super-vue, super-ouïe, super-odorat, super-mémoire) de Superboy, qui rappelons-le n’existait pas lors de la création du personnage mais viendront petit à petit, sont expliquées par la présence des ultra-violets diffusés par le soleil jaune du système solaire au contraire du soleil rouge de Krypton. Enfin, son invulnérabilité est également expliquée par les rayons du soleil jaune. Leur effet sur Superboy n’est pas de le faire bronzer mais de rendre sa peau dure comme de l’acier.

Enfin, l’épisode introduit également la Kryptonite avant de revenir sur le décès des Kent et la scène classique du serment devant leur tombe. Si ce n’est que cette fois-ci c’est un adolescent et non un adulte qui le prononce. Cette différence donnera ensuite lieu à une série sur les années d’université du jeune Clark Kent. Pour le moment, cette problématique n’est pas traitée et nous retrouvons directement Clark devenu adulte à la rédaction du Daily Planet. Notre prochaine chronique reviendra d’ailleurs sur l’autre épisode de Superman n° 1 des éditions Interpresse qui explique comment Clark Kent est devenu reporter.

[Jean-Michel Ferragatti]